(Los afectos, 2015)
Traduction : Juliette Barbara. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Après la défaite des nazis, Hans Ertl, ancien cameraman de Leni Riefenstahl, doit s’exiler en Bolivie avec sa femme et ses trois filles, Heidi, Trixi y Monika. Réinventé explorateur, Hans est obsédé pour trouver Païtiti, la cité mystérieuse des Incas perdue dans la forêt amazonienne, et il embarque une bonne partie de sa famille dans la recherche de son délire. Après cette étape chaotique, les trois filles prendront des chemins différents.
Les Ertl s’inventent une nouvelle vie en Bolivie :
Autour de la vraie histoire de la famille Ertl, Hasbún tisse un ensemble partiellement romancé qui se centre sur les complexes relations entre les membres de la famille. À partir de l’arrivée des Ertl en Bolivie, le récit avance dans le temps couvrant plusieurs décennies, cédant le protagonisme à un membre de la famille, puis à un autre. Le roman revient souvent en arrière et ressasse des évènements qu’on connait mais en les montrant sous le point de vue d’un autre personnage. Grace au dispositif de la narration polyphonique, Hasbún compose une image solide, cohérente et nuancée de la famille Ertl et ses relations interpersonnelles, ces ‘affections’ du titre original, qui seront le sujet principal du roman.
Deux personnages se détachent dans le récit : D’un côté le patriarche visionnaire Hans, qui avait participé dans les films de propaganda nazi réalisés par Leni Riefenstahl, et il fera tout pour se réinventer une vie le plus aventurière possible, ses lubies le menant en vadrouille loin de la maison. Ces obsessions vont en quelque sorte marquer le délitement de la famille et seront à l’origine de la complexe psyché de sa fille ainée, Monika, le deuxième personnage centrale du récit. Elle héritera ce côté vadrouilleur de son père, mais essayera de toutes ses forces de s’inventer une morale sans tache, aidant le prochain dans toutes les causes perdues qu’elle pourra, jusqu’à entamer des croisades contre les puissants. Cela va contraster énormément avec la froideur avec laquelle elle gère sa vie privée. Les autres deux sœurs, Heidi et Trixi, sont personnages plus secondaires mais offrent un très bon contre-point des personnages principaux.
‘Les tourments’ est un livre splendide et intense mais plutôt complexe à niveau narratif, car chaque chapitre sera narré à la première personne par un des personnages, souvent une des trois filles, mais Hasbún n’explique pas de suite qui est en train de parler. Par exemple Heidi, la deuxième fille, est la narratrice du premier chapitre, mais on ne connaitra son prénom jusqu’à bien plus tard. Le lecteur distrait peut trouver cela confus, d’autant que les dialogues sont enchâssés dans le texte sans tirets ni guillemets. À mon sens cela ne nuit pas un récit qui est par ailleurs très habilement construit dans la forme et assez suggestif dans le contenu.
J’ai l’impression que, par rapport à ces possibles difficultés, la traduction française n’a pas arrangé les choses. J’ai lu ce roman dans sa langue originale, l’espagnol, et je ne comprends absolument pas, comment un livre si bien écrit peut avoir, au moment où j’écris ces lignes, une note de seulement 2,61 sur 5 sur le site Babelio. Peut-être j’ai été trop facilement émerveillé ou j’avais une bonne disposition (J’ai lu cela en une seule journée), mais la vérité est que le monde hispanophone est plutôt enthousiaste, ce qui tourne mes suspicions sur la traduction française, à commencer par cet absurde titre ‘Les tourments’, qui ne reflète en rien ni l’histoire ni le titre originale ‘Los afectos’ (‘Les affections’).
Magnifique premier roman, court et créatif, d’un écrivain totalement à suivre.
Citations :
« Ce n’est pas vrai que la mémoire soit un endroit sûr. Là-bas aussi, les choses se défigurent et s’égarent. Là-bas aussi on finit pour s’éloigner des gens qu’on aime le plus. »
« Je m’étais dit qu’il était en train de perdre la raison, ou qu’il l’avait déjà perdue, qu’il y avait un décalage de plus en plus prononcé entre ses illusions et la réalité. » (Traductions improvisées)








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