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Littérature Amerique Canada Yann Martel L’histoire de Pi

L’histoire de Pi

Yann Martel

(Life of Pi, 2001)
Traduction :   Émile Martel et Nicole Fyfe-Martel.   Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Piscine Molitor Patel est le fils du directeur du zoo de Pondichéry, mais face aux railleries que ce prénom provoque à l’école, il décide lui-même de se faire appeler Pi. Pi grandit dans la curiosité de différentes religions, et commence à vivre ses premiers émois amoureux. Mais l’instabilité politique et le climat de tension dans l’Inde d’Indira Gandhi forcent son père à prendre la décision de s’exiler au Canada, où il a pu vendre ses animaux. Toute la famille et les animaux du zoo s’embarquent dans un paquebot destination le Canada. Mais le naufrage du navire dans les eaux du pacifique laisse comme à seuls survivants le jeune Pi et Richard Parker, un tigre de Bengale adulte, dans un canot de sauvetage.

Odyssée extraordinaire :

‘L’histoire de Pi’ est un livre relativement simple, centré sur l’odyssée qui réunit deux personnages opposés dans un huis-clos atypique. Dans l’espace réduit de ce canot de sauvetage, Pi et le tigre Richard Parker devront apprendre à cohabiter s’ils veulent avoir une chance de survivre. Tandis que Pi profitera des enseignements de son père en matière de comportement animal et réfléchira à la meilleure façon d’approcher le fauve ; Richard Parker aura son propre dilemme à résoudre : Manger le frêle garçon pour assouvir sa faim, ou se soumettre à son autorité pour permettre le jeune homme de prendre leur étrange duo en charge. Leur aventure commune et leur combat contre la faim, la soif et les éléments durera 227 jours, après lesquelles Pi ne sera plus jamais le même.

Mais avant le naufrage, le livre a une longue première partie (environ 100 pages), qui introduit Pi et sa vie à Pondichéry. Cela fait presque comme deux longues nouvelles, deux récits très différents mais complémentaires, associés dans un seul roman. La première partie est un Bildungsroman : On accompagne le garçon dans sa vie atypique parmi les animaux du zoo et au sein d’une famille aimante même si originale. Le récit est vraiment drôle, mais reste profond et nous permet de rentrer dans la façon d’approcher le monde du garçon et son apprentissage de la vie. Pi hésite parmi plusieurs religions et décide naïvement de toutes le pratiquer, ce qui ne manquera pas de dérouter son entourage. Mais Pi est un garçon très spirituel et pur. Tout ce prélude prendra du sens lors que le jeune homme se verra face à la mort, dans la partie centrale du livre, nouveau volet de ce Bildungsroman. Sous la couverture d’un roman d’aventures presque comique, ‘Life of Pi’ a un côté philosophique très intéressant et accessible.

La narration à la première personne nous permet de vivre intensément les émotions de Pi et de comprendre l’histoire de ce lien invraisemblable qui s’établit entre lui et un féroce tigre de Bengale de presque 300 kilos, mais aussi on va avoir certains doutes sur la vérisimilitude de toute cette histoire incroyablement extravagante. Est-ce que Pi enjolive sa propre histoire ? Au fur et à mesure que leur aventure avance vers l’échéance d’une mort plus ou moins certaine, le ton spirituel du récit commence à être complété par certains éléments magiques et le roman rentre dans un territoire plus fantastique.

Difficile de quitter ce livre, un vrai page-turner, par son intrigue envoûtante, la poésie de son langage, son humour touchant, et l’habilité avec laquelle l’écrivain sublime un simple récit d’aventures dans une œuvre profonde et réfléchie, sans perdre un gramme de son côté entertaining.

En 2012, le réalisateur taïwanais Ang Lee réalisa une très belle adaptation cinématographique qui en France prit le nom de ‘L’odyssée de Pi’ et récolta 4 Oscar de Hollywood. Le tigre Richard Parker, fut crée en 3D avec sensibilité et maîtrise par l’équipe d’effets visuels, tandis que le jeune Pi fut interprété par le jeune acteur indien Suraj Sharma. Avec des images d’une beauté stupéfiante, le film resta par la plupart fidèle aux intentions du roman.

Le livre fut traduit en français par deux traducteurs d’exception, les propres parents de Yann Martel, Émile Martel et Nicole Fyfe-Martel. Prix Booker 2002.


Citation :

« Je dois dire un mot sur la peur. C’est le seul adversaire réel de la vie. Il n’y a que la peur qui puisse vaincre la vie. C’est une ennemie habile et perfide, et je le sais bien. Elle n’a aucune décence, ne respecte ni lois ni conventions, ne manifeste aucune clémence. Elle attaque votre point le plus faible, qu’elle trouve avec une facilité déconcertante. »

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