(The Hotel New Hampshire, 1981)
Traduction : Maurice Rambaud. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
John Berry est le narrateur et le troisième des cinq enfants du couple Berry. On suit les péripéties de cette famille, l’histoire d’amour des parents, comment ils ont adopté l’ours, l’histoire de leur chien Sorrow et leur rêve de monter un hôtel de famille, le ‘New Hampshire’. Le long d’une trentaine d’années, à travers plusieurs continents et 3 hôtels, ces cinq enfants vont grandir dans une ambiance extraordinairement libre et hors norme.
Famille atypique avec ours monte un hôtel :
Le sujet central de cette tragicomédie loufoque et décidément bizarre (comme à l’habitude de son auteur) est la famille et le rapport entre ses membres. Win et Marie Barry, le couple de parents, sont des êtres rêveurs et parfois peu responsables qui gèrent leur vie avec spontanéité et fantaisie. Leurs cinq enfants ont des caractères très marqués et différents, ils sont tous singuliers et peu communs. L’ainé Frank est un homosexuel passionné par la taxidermie. Franny, absolument atypique et étrange, vit traumatisée par un évènement tragique de son passé qui la hante. John le narrateur nous réserve son lot de surprises. Puis les deux petits : La petite naine Lily qui rêve de grandir un jour et Egg, le tout dernier, qui gère sa surdité avec aplomb. Complètent le tableau Iowa Bob, le grand-père alcolo obsédé par l’haltérophilie, Sorrow le labrador qui pète à longueur de journée, et bien sûr Earl, l’ours amateur de side-cars.
Avec cet ensemble familier assez détonnant, toute une foule de personnages secondaires plus loufoques les uns que les autres, entrent et sortent de cette fresque de famille, donnant encore plus de burlesque et d’excentricité au récit. Tragique et désopilant à parts égales, avec une touche irrésistible de nostalgie, ‘Le hôtel New Hampshire’ est un condensé de l’œuvre de ce populaire écrivain.
Le style de Irving est osé et transgresseur et son sens de l’humour morbide et décapant. C’est vraiment drôle malgré qu’un côté sombre et tragique plane toujours derrière cette histoire rocambolesque. Certains lecteurs peuvent voir de la provocation ou être choqués par les thématiques du livre (je ne spoilerai pas, mais certaines relations sexuelles peuvent mettre mal à l’aise quelque lecteurs). Il explique les personnages différents à la norme avec un profond humanisme. À la façon d’un Truman Capote, il aime ses personnages au point de les traiter en toute normalité, malgré qu’ils soient tout sauf normaux (dans le sens ‘être dans la norme’).
Comme d’habitude Irving propose la panoplie complète de ses thèmes favoris : La lutte, la prostitution, l’amputation, les relations sexuelles hors-norme, l’accident mortel, les ours, l’écriture, l’absence de parent, le rapport entre femme adulte et jeune homme, le cinéma. Tous ces thématiques reviennent inlassablement dans son œuvre d’une façon ou d’une autre, formant un ensemble cohérent, foisonnant et unique.
‘Le hôtel New Hampshire’ fut adapté au cinéma par Tony Richardson en 1984, avec Rob Lowe Nastassja Kinski et Jodie Foster. Le film, comme d’habitude dans toutes les adaptations de l’œuvre d’Irving, reste timide et conventionnel à côté du matériel d’origine.
Citation :
« Notre histoire favorite concernait l’idylle entre mon père et ma mère : Comment notre père avait fait l’acquisition de l’ours ; comment notre père et notre mère s’étaient retrouvés amoureux et, coup sur coup, avaient engendré Frank, Franny et moi-même (« Pan, Pan, Pan!» disait Franny) ; puis, après un bref intermède, Lily et Egg (« Paff et Pschitt! » disait Franny). »








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