(Strangers on a Train, 1950)
Traduction : Jean Rosenthal. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Guy Haines souhaite divorcer de sa femme infidèle Miriam Joyce, et pouvoir épouser Anne, la femme qu’il aime vraiment. Par hasard dans un trajet en train, Guy fait la rencontre de Charles Anthony Bruno, un homme bourgeois et un peu singulier que déteste son père. Bruno propose un étrange marché à Guy : Bruno s’en chargera de tuer la femme de Guy, et Guy à son tour tuera le père de Bruno. Selon Bruno, les avantages sont clairs, la police ne fera jamais le lien entre les deux crimes, vu qu’ils sont deux complets inconnus.
Cette proposition d’échange de meurtres n’est pas prise au sérieux pour Guy, mais quelques jours après sa femme est assassinée. Plus les jours passent, plus les choses se compliquent pour Guy, car il se sent fautif de ne pas avoir prévenu la police. Et bien sûr, Bruno commence à mettre la pression pour qu’il exécute sa part du ‘marché’.
Échange de meurtres :
Avec ce parti pris très détonnant même si peut-être pas tout à fait réaliste, le roman fait une réflexion bien réelle sur la portée du sentiment de culpabilité, les remords provoqués par nos actions et l’idée perturbatrice de penser à ce qu’on ferait si on pouvait tuer quelqu’un en toute impunité. Tandis que Bruno dès le départ est présenté comme un psychopathe séducteur, Guy est censé être quelqu’un de droit, celui avec lequel le lecteur doit s’identifier. Cela devient un peu la clé du roman, en se mettant à la place de Guy, en ayant de l’empathie pour lui, le lecteur vivra le dilemme en personne et réfléchira à son propre sens moral dans une situation extrême.
Car Guy sera tiraillé de partout, d’un côté par son propre sens de l’éthique, et d’un autre par la présence insidieuse de Bruno, qui envahit totalement sa vie privée, accentuant son sentiment de culpabilité. Plus le pauvre Guy se voit emmêlé dans cet imbroglio phénoménal, plus il va perdre ses repères, et plus les vannes de son sens moral risquent de voler en éclats, et passer à l’acte. Le jeu de Highsmith est brillant : Quand est-ce que le lecteur va regretter de l’avoir soutenu ?
Même dans celui-ci, son premier roman, l’introspection psychologique caractéristique de toute l’œuvre de Highsmith est totalement remarquable. Le contraste entre ces deux personnages si opposés mais si bien ficelés, est un des moteurs de la narration. Grâce à cela, ce que sur le papier aurait dû être juste un petit polar sympa, s’érige en une belle œuvre littéraire qui préfigure les meilleurs romans de l’autrice, comme ‘Le talentueux M. Ripley’ ou ‘Carol’.
Attiré par ce thriller psychologique fortement perturbateur, et séduit pour l’idée du crime parfait qui propose, Alfred Hitchcock réalisa une brillante mais très libre adaptation cinématographique avec le même titre. ‘L’inconnu du Nord-Express’ (‘Strangers on a train’) sortit en 1951, avec Farley Granger et Robert Walker dans les rôles respectifs de Guy et Bruno.
Citation :
« Bon sang quelle idée formidable ! Écoutez : chacun de nous tue pour le compte de l’autre, vous comprenez ? Je tue votre femme et vous tuez mon père ! Nous nous sommes rencontrés dans le train et personne ne sait que nous nous connaissons ! Nous avons chacun un alibi parfait ! Vous saisissez ? »








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