Littérature des 5 continents : AmériqueNicaragua
Littérature Amerique Nicaragua Gioconda Belli L’Infini dans la paume de la main

L’Infini dans la paume de la main

Gioconda Belli

(El infinito en la palma de la mano, 2008)
Traduction :   Anne Plantagenet.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Adam et Eve vivent des jours heureux d’insouciance au paradis. Tandis que Adam préfère respecter le statu quo de cet univers crée par Élohim, Eve se pose plus de questions. Sans plus d’explications de la part de leur créateur, leur soif de connaissances les pousse petit à petit à chercher le chemin de la liberté, et finalement à manger les fruits de l’arbre interdit. Chassés du paradis, le couple originaire apprendra le doute, la douleur, le danger et la mort, mais aussi l’amour et la vie.

Revisitation poétique du mythe d’Adam et Eve :

Gioconda Belli se proposa d’écrire sur le mythe biblique d’Adam et Eve après être tombée par hasard sur un volume de textes apocryphes qui incluait une version peu connue de l’histoire du premier couple d’êtres humains et de ses enfants Cain, Abel, Luluwa et Aklia. Après des années d’investigation autour du texte de la Genèse, Belli offre une surprenante revisitation du mythe. C’est un roman très poétique, relativement respectueux du côté religieux d’origine, mais rempli quand même de créativité, de réflexion et d’émotion.

Le roman retrace l’histoire du premier couple en les attribuant des tempéraments très contrastés. Tandis que la capricieuse, curieuse et courageuse Eve se laisse guider plutôt par sa soif de connaissance, le plus prudent Adan semble fonctionner plus par un besoin conservateur de préserver ce qu’ils possèdent. Eve a peur de ne jamais comprendre quel est le sens de leurs vies, et Adam a peur de tout perdre à cause de l’envie de découvertes de sa compagne. Ce contraste entre oser et préserver, entre progrès et stabilité, et entre connaissance et conformisme, est la source de toute la tension émotionnelle du livre. C’est ce qui provoque des rancœurs et des disputes de couple, assez modernes, mais crédibles dans ce contexte mythologique, et qui ne font que souligner l’image d’un couple aimant, mais totalement humain.

Petit à petit, le couple apprend le côté sombre de la vie : Il faut tuer pour se nourrir, souffrir pour enfanter, perdre pour apprécier, renoncer pour apprendre. Le livre entame un développement tragique vers la dernière partie lors que la descendance du couple prend le centre de la scène. La brouille entre Cain et Abel provoque des tensions complexes que ces premiers humains n’ont pas l’habitude de gérer. Sans spoiler, le livre débouche d’une façon très fluide dans un très beau dénouement, qui clôture de façon originale ce livre atypique.


Citations :

« Souvent il avait peur de la laisser seule. Il craignait sa façon de rêver, de s’absenter sans quitter son côté. » (Traductions improvisées)

 

« L’homme esquissa un sourire ironique et mélancolique. Qu’est-ce qu’il pouvait attendre d’elle sinon la curiosité ? Heureuse elle qui répondait ainsi à l’incertitude. Lui, en revanche, se sentait tétanisé, rempli de peur et de regret. Il ne voulait pas quitter les lieux. Il s’accrochait à la possibilité que Élohim reconsidère tout et leur permette d’y retourner. »

 

« -Qu’y a-t-il au-delà de ce jardin ? Pourquoi on est ici ?

-Pourquoi veux-tu le savoir ? Tu as tout dont tu as besoin.

-Pourquoi ne voudrais-je pas le savoir ? »

0 Comments

Submit a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Vous pourriez aussi aimer

Il pleut sur Managua

Il pleut sur Managua

Managua. L’inspecteur Morales, un flic unijambiste un peu désabusé, mène l’enquête sur la disparition d’une jeune fille lors d’une sortie en bateau avec des gens suspects et peu recommandables, impliqués dans une complexe structure de trafique de stupéfiants à travers l’Amérique centrale.

read more
Deuils

Deuils

L’écrivain et narrateur, Eduardo Halfon, exilé en Florida depuis des décennies, rentre dans son pays, le Guatemala, avec l’idée d’éclaircir certains évènements de son passé qu’il n’a jamais réussi à comprendre. Croyant au début que son oncle Salomón s’était noyé dans le lac Amatitlán, le narrateur apprend que toutes les évidences situent cet évènement tragique plutôt à New York.

read more
Los niños perdidos

Los niños perdidos

Né au Mexique, Valeria Luiselli habite aux États-Unis où elle essaie de légaliser sa présence. En attendant ses papiers, elle travaille en tant que traductrice auprès des services de migration des États-Unis, chargés de gérer la crise migratoire produite par une vague d’immigration clandestine sans précédents. Provenant de différents pays de l’Amérique latine, des enfants seuls sont rentrés dans le pays franchissant illégalement la frontière avec le Mexique.

read more
Los divagantes

Los divagantes

Dans le récit ‘Los divagantes’, une jeune femme qui a beaucoup voyagé retrouve un ami perdu de vue qui est resté dans leur ville d’origine. Ensemble ils remémorent leur passé et leur différente évolution dans la vie. Elle se souvient du moment où elle et son père avaient rencontré par hasard un albatros égaré. Éloigné de son habitat après que la fatigue lui avait contraint à arrêter son vol en terrain inconnu, l’énorme oiseau essayait tan bien que mal de s’adapter à son nouvel milieu.

read more