(The Cider House Rules, 1985)
Traduction : Josée Kamoun. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Maine, États-Unis, années 1920. Le docteur Wilbur Larch, obstétricien, décrié après la pratique d’un avortement, a fui Boston pour s’installer à St Cloud’s dans le Maine. Dans cet hospice un peu à l’écart Larch pratique des accouchements mais aussi des avortements.
Homer Wells est un des orphelins nés à St.Cloud’s. Tandis qu’on essaie de trouver un foyer qui puisse l’adopter, le gentil garçon s’attache de plus en plus au docteur et à son travail.
Les règles de la maison du cidre :
Probablement le grand chef d’œuvre de John Irving, ‘L’œuvre de Dieu, la part du diable’ est un merveilleux roman, sensible et profond, peuplé par des personnages très singuliers, habituels dans les œuvres d’Irving, mais ici insufflés d’un humanisme prodigieux et d’une pureté rare. Même si moins exagéré que d’autres de ses œuvres, on reste quand même dans le registre tragicomique et grand-guignolesque habituel à son auteur, et les personnages secondaires qui peuplent le récit (comme la brute Melony ou Edna, infirmière dévouée), ont ces excentricités et originalités classiques chez Irving. Donc c’est loufoque, mais plus en retenue et finesse cette fois.
C’est une traduction un peu étrange du titre en français, l’original étant ‘The Cider house rules’ (Les règles de la maison du cidre), qui insistait plus sur la personnalité de Homer et ses essais de s’adapter au monde extérieur, régi par des lois peu maitrisées pour lui. Avec le titre français ‘L’œuvre de Dieu, la part du diable’ on insiste plus sur le double travail du Dr Larch. Mais autant le dire de suite, Larch croit que les avortements qui pratique sont autant ‘L’œuvre de Dieu’ que les accouchements. Après des horreurs vues dans la guerre et le traumatisme tragique de ne pas avoir pu sauver une femme victime d’un avortement dans des conditions déplorables, Larch s’est donné une mission dans la vie : Jamais juger, seulement sauver des vies, même si cela passe par pratiquer des avortements clandestins.
Homer Wells est un enfant sage et quelque part innocent que après mille vicissitudes, aura du mal à s’adapter ailleurs qu’à ‘St Cloud’s’, où il est en sécurité, protégé par cette figure paternelle du Docteur Larch. Ce n’est qu’en découvrant les activités clandestines de Larch que son dévouement au docteur sera mis à l’épreuve. Mais clairement le sujet du livre n’est pas l’avortement en soi, mais plutôt l’attachement, ce sentiment qui nous lie d’une façon invisible à quelqu’un on ne sait pas trop comment ni pourquoi. C’est probablement le roman le plus sentimental d’Irving, le plus ancré dans les émotions.
Comme d’habitude Irving propose la panoplie complète de ses thèmes favoris : La prostitution, l’amputation, les relations sexuelles hors-norme, l’accident mortel, les ours, l’écriture, l’absence de père, le rapport entre femme adulte et jeune homme, le cinéma. Tous ces thématiques reviennent inlassablement dans son œuvre d’une façon ou d’une autre, formant un ensemble cohérent, foisonnant et unique.
Pour ou contre l’avortement, Irving essaie de ne pas trop se positionner, car les personnages abordent le sujet d’un point de vue plutôt pratique et leurs dilemmes sont complexes. Si le sujet ne vous effraie pas, ‘The Cider house rules’ est sans doute un des romans le plus accessibles de son auteur, et il est très touchant. Irving adapta lui-même son histoire au cinéma dans le film homonyme réalisé par Lasse Hallström, qui était solide, mais trop convenu comparé au roman. Le film permit à Irving gagner l’Oscar au meilleur scénario adapté. L’acteur Michael Caine fut aussi distingué du même prix par son portrait sensible et touchant du Dr. Larch, un des meilleurs rôles de sa longue carrière.
Citation :
« Nous avons très bien réussi avec Homer Wells. Nous sommes parvenus à faire de l’orphelinat son foyer, et c’est cela le problème. Si l’on essaie de donner à une institution de l’État, ou de n’importe quel gouvernement, l’équivalent de l’amour que l’on est censé investir dans une famille – et si cette institution est un orphelinat et que l’on réussisse à lui donner de l’amour -, on créera un monstre : un orphelinat qui n’est pas un simple arrêt sur le chemin d’une vie meilleure, mais le début et la fin de la ligne, la seule gare qu’acceptera l’orphelin. »








0 Comments