(Los niños perdidos, 2016)
Traduction : Pas connue. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce récit de non fiction :
Né au Mexique, Valeria Luiselli habite aux États-Unis où elle essaie de légaliser sa présence. En attendant ses papiers, elle travaille en tant que traductrice auprès des services de migration des États-Unis, chargés de gérer la crise migratoire produite par une vague d’immigration clandestine sans précédents. Provenant de différents pays de l’Amérique latine, des enfants seuls sont rentrés dans le pays franchissant illégalement la frontière avec le Mexique.
« Pourquoi es-tu venu aux États-Unis ? » :
Comme indiqué dans le sous-titre (Un ensayo en cuarenta preguntas), le récit se structure autour du questionnaire d’admission que les autorités américaines font répondre aux enfants qui, après un périple dramatique et éprouvant, réussissent à franchir illégalement la frontière entre le Mexique et les États-Unis, parfois logeant chez un parent qu’ils connaissent à peine, parfois seuls dans le monde. « Pourquoi es-tu venu aux États-Unis ? » est seulement la première des 40 questions, chacune plus complexe de répondre que la précédente, et dont les réponses décideront du destin de ces enfants.
Même si certains enfants viennent du Mexique, la plupart sont originaires du Guatemala, du Honduras ou du Salvador. Ils échappent un quotidien infernal, souvent suivant des parents qui ont déjà réussi à traverser la frontière auparavant et qui les poussent à faire ce voyage, dur et traumatisant, duquel ils ne sortiront jamais complètement indemnes. Les enfants traversent le Mexique dans un train de marchandises qu’on appelle ‘la bestia’ (la bête), où souvent ils seront victimes de vols, agressions et viols. C’est terrible. ‘Los niños perdidos.’ est un libre de témoignage très dur, comme tout ce qui concerne les enfants, victimes faciles dans tous les conflits qui touchent le monde.
Valeria Luiselli considère ce livre comme un essai, (Un essai en quarante questions), même si sa vie personnelle et familière, et sa propre odyssée en tant que migrant sans documents, font partie du récit. Elle explique comment elle s’était emparée de la cause de ces enfants perdus, au point de la décliner presque comme sujet unique dans ces cours d’espagnol à l’Université. La demande croissante de traducteurs et avocats devant cette crise migratoire sans précédents, poussa Luiselli à rejoindre une équipe de traducteurs, chargés de la délicate tâche d’interviewer ces enfants sans papiers qui se trouvaient en terrain inconnu, leur futur dépendant d’une décision de justice qui souvent s’avérait trop aléatoire. Difficile pour Luiselli de rester de marbre quand elle savait pertinemment que selon la réponse de l’enfant la conséquence pouvait être la déportation dans un pays où souvent ils n’avaient plus personne.
Quelque part entre l’essai et le récit autobiographique, ‘Los niños perdidos’ est un livre important, prenant et qui reste sobre malgré la difficulté du sujet. Très bien structurée autour du fil conducteur qui représente le questionnaire, la narration se déroule avec solidité et vrai talent littéraire. Trois années plus tard, la propre autrice développa ce sujet qui lui tient au cœur dans un récit, de fiction cette fois (même si aussi sur une base autobiographique), ‘Archives des enfants perdus’ (2019). À ne pas confondre avec l’essai dont il est question dans ce billet, ce deuxième récit sur le sujet fut effectivement traduit en français par Nicolas Richard.








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