(My Ántonia, 1918)
Traduction : Blaise Allan. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Nebraska, fin du XIXe Siècle. Les Shimerda, la famille d’Ántonia, bohémiens d’origine tchèque, s’installent dans les plaines de cette région, comme des nombreuses familles venues d’Europe, avec l’espoir de cultiver la terre pour avoir un meilleur avenir. Jim, un jeune enfant qui vit dans une ferme avec chez ses grands-parents, va se lier d’amitié avec Ántonia. Le souvenir de cette amitié va traverser les époques et marquer à jamais les deux protagonistes.
Le paysage est un personnage :
Ántonia, personnage inoubliable, représente dans ce roman l’attachement à la terre, au paysage, à la campagne, à Nebraska même. Même des années après, pour Jim, maintenant un adulte marié qui vit en ville, le souvenir d’Ántonia incarnera cette jeunesse au soleil dans ces interminables champs de blé. Cette vie au gré de saisons dans de conditions souvent dures, a laissé une marque indélébile dans le cœur de Jim. C’est peut-être la même chose pour Ántonia, même si leurs vies ont pris de chemins très différents.
Le roman va traiter ce personnage d’une façon franche et directe, Ántonia Shimerda est assez effrontée, parfois obstinée et très orgueilleuse. Il y a un grand contraste entre la situation de pauvreté et la face de dignité, presque de noblesse, que les Shimerda vont montrer. Mais à la fois il y aura toujours un voile de mystère chez Ántonia. Ce côté d’Ántonia que Jim n’arrivera jamais à saisir est une des clés de ce roman. Elle est comme la terre, indomptable, libre et insaisissable. Ántonia et le paysage ne font qu’un. Pourquoi fascine-t-elle autant ?
Même si Willa Cather menait en apparence une vie plutôt conventionnelle de femme mariée, elle eut quelques amours féminins. Cette facette lesbienne, elle dût la cacher aux yeux du publique. Je ne peux pas m’empêcher de faire un lien avec le personnage d’Ántonia, et cette amitié tellement marquante, qui ne sait pas se convertit en amour.
L’immigration fait partie des sujets du livre et il sera traité avec une grande sensibilité, modernité et ouverture d’esprit. Effectivement, dans cette ambiance de pionniers de tous bords qui se retrouvent dans cette région avec tous ses espoirs, ses courages, ses traditions et même avec ses langages différents, ils vont quand même arriver à s’entendre et cohabiter ensemble.
Soyez prévenus, il n’y a pas beaucoup d’action, mais il y a par contre, plein d’émotions, qui se dévoilent, toute en retenue et finesse, vers le dernier quart du roman. Le ton est très poétique et nostalgique : le passage de temps donne de plus en plus de valeur aux souvenirs de cette amitié irrépétible, née sur ce paysage rouge des plaines infinies. Un chef d’œuvre, une réussite totale, un des grands classiques de la littérature US.
Citation :
« Assis là, dans ce creux de vallon abrité, je sentais peu le vent que j’entendais siffler sur le plat où l’herbe ondulait. La terre, sous moi, était tiède, tiède aussi celle que j’écrasais entre mes doigts. D’étranges petits scarabées rouges sortirent et vinrent tourner autour de moi en lentes escouades. Ils avaient le dos rouge vif, comme verni, avec des points noirs. Je restai aussi immobile que possible. Il ne se passait rien. D’ailleurs je n’attendais rien. J’étais quelque chose posé au soleil, et qui le recevait, tout comme les citrouilles, et je ne souhaitais rien d’autre. J’étais complètement heureux. »








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