Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AmériqueArgentine

Marelle

Julio Cortázar

(Rayuela, 1963)
Traduction :   Laure Bataillon, Françoise Rosset.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Horacio Oliveira est un expatrié argentin à Paris qui entretient une relation complexe avec Sybille, une expatriée uruguayenne. Horacio appartient à une certaine gauche bohème et intellectuelle et participe à un club avec d’autres exilés sudaméricains bobos qui se réunissent pour parler littérature, philosophie, art et jazz. Sibylle, moins cultivée et nihiliste que Horacio, participe peu dans ses réunions, d’autant plus elle doit s’en occuper de Rocamadour, son enfant maladif.

Labyrinthe de déconstruction littéraire :

Ce roman unique est souvent considéré comme un des sommets de la littérature du XXe siècle. Si bien le talent de Cortázar est indéniable, à mon avis, l’excès de prétentions nuira clairement ce roman pour le lecteur lambda. Dans son obsession pour transformer la forme littéraire et proposer une nouvelle façon de raconter des histoires, Cortázar finit pour sacrifier le fond. Le roman est intéressant mais tellement confus et peu lucide, que paradoxalement, il devient presque creux justement par excès d’attention à la forme au détriment du contenu.

Le roman a trois parties :
I. De l’autre côté : L’action se déroule à Paris.
II. De ce côté-ci : L’action se déroule à Buenos aires.
III. De tous les côtés (fragments dont on peut se passer, selon l’auteur) : Collection de chapitres additionnels, références, citations et essais reliés avec l’histoire.

Cortázar propose deux façons de lire ce roman. Première option : lecture traditionnelle de manière linéaire des deux premières parties (du chapitre 1 au chapitre 56) et oublier la troisième partie. Deuxième option : Entremêler les chapitres qui appartiennent à la partie trois dans le récit, dans un ordre préétabli par Cortázar, précurseur de ces romans ‘Choisi ta propre aventure’ qui seront popularisés quelques décades après. La lecture est donc, non linéaire, à la fin de chaque chapitre on retrouve le numéro du chapitre suivant où on doit y aller. C’est un jeu ludique/littéraire proposé par l’écrivain, qui permet d’approfondir avec ces chapitres rajoutés (pas indispensables selon Cortázar) sur la personnalité d’Horacio et sur l’histoire principale.

Je me suis renseigné sur la meilleure façon de lire le roman et il n’y a pas un avis clair sur la question. Beaucoup des fans de Cortázar recommandent d’abord la première option (Parties une et deux qui sont linéaires). Et puis dans une deuxième lecture plus tard, utiliser la deuxième façon style puzzle. D’autres recommandent commencer directement par l’option deux, et se laisser égarer dans ce labyrinthe littéraire. Comme je suis assez rationnel et que, à différence de Cortázar, j’adore la forme dans la littérature, j’ai choisi commencer par l’option de lecture linéaire. Pas sûr que cela soit la meilleure option.

Lecture Linéaire :

À l’heure où j’écris ces lignes j’ai lu les deux premières parties, donc selon la méthode traditionnelle, j’aurais fini la lecture du livre. J’ai trouvé ce roman un peu trop intellectuel et prétentieux pour mon gout. Les conversations pédantes de ce club d’expatriés, et les citations érudites et intelligentes ont fini par m’épuiser. On approfondit peu sur les personnages, notamment sur Horacio, le protagoniste, qui parle beaucoup mais est très peu dessiné. Niveau langage c’est magnifique, il y a des phrases d’un vigueur et classe phénoménales, mais cette exubérance de style ne sert pas forcement l’histoire, et finit pour être, à mon sens, plutôt gesticulation intellectuelle que vrai style. Il n’y a pas ou presque pas d’action.

Sans spoiler, à la fin de la partie 1, on change le décor parisien par Buenos Aires, on introduit un nouveau couple : Traveler et Talita, et un nouveau décor : Un hôpital psychiatrique. Cela m’a semblé un peu plus intéressant, car il commence à se dessiner un parallélisme entre personnages et ressentis entre le périple parisien le retour en Argentine de notre héros. Ces symétries narratives nous approchent un peu plus de la psyché d’Horacio, mais le ton du roman continue à être confus et impénétrable.

Avec toute cette complication stylistique, j’ai eu du mal à comprendre de quoi Cortázar voulait nous parler. Le sujet principal me semble l’incapacité des êtres humains à vraiment communiquer. Mais qu’est-ce que Cortázar voulait nous dire au fond, au-delà de la déconstruction de la forme littéraire ?

Cette lecture étant ardue pour moi, je décide de laisser reposer le roman pendant deux semaines avant d’essayer la deuxième option de lecture, découvrant les chapitres de la partie 3 et en survolant les chapitres déjà lus des parties 1 et 2, mais dans l’ordre labyrinthique proposé par Cortázar. À suivre.

Lecture non linéaire :

J’avais un vague espoir que la deuxième option de lecture (non linéaire) permettrait de réévaluer le contenu de la première option sur un autre angle mais mes craintes se sont confirmées : La deuxième lecture ne change presque rien, le point de vue est le même. La déconstruction du roman est un jeu ludique creux, sans vraie signification, autre que jouer avec la forme du roman. Je suis très étonne que ce manège puéril puisse passer pour de la créativité littéraire aux yeux des lecteurs.

Dans cette modalité, la lecture s’élargit avec un ensemble de citations, extraits des pensées de l’écrivain Morelli, chapitres additionnels, et d’autres miscellanées littéraires qui, par la plupart, parasitent d’avantage le récit et ne rajoutent rien de spécial ou révélateur. Quelques chapitres rajoutés jettent un peu plus de lumière à la fin du périple d’Oliveira à Paris et puis quelques épisodes vont moduler la fin de l’histoire, notamment ces deux derniers chapitres qui devraient se succéder jusqu’à l’infini. Le chapitre 55 est le seul de la partie linéaire qui n’est pas inclus dans l’ordre non linéaire, mais il est remodelé dans un autre chapitre plus long et nuancé.

Bilan : Si vous aimez le postmodernisme et l’œuvre des écrivains comme Gombricz, Borges ou Thomas Bernhard, vous devriez aimer ce roman et profiter donc de cette version non linéaire. Dans le cas contraire, le mieux c’est de lire la version linéaire, qui a le mérite d’être plus courte, ou bien d’abandonner le plus vite possible ce roman prétentieux. Dommage. Il restera toujours les nouvelles de Cortázar pour nous charmer.


Citation :

« L’explication est une erreur bien habillée. »

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