(Boarding home : La casa de los náufragos, 1987)
Traduction : Liliane Hasson. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
L’écrivain cubain William Figueras a fui son pays pour se retrouver à Miami sans moyens de subsister, atteint de surcroît d’une schizophrénie qui a besoin de médicaments et d’attentions permanents. Abandonné par toute sa famille par les complications qui s’en découlent de sa maladie mentale, sa tante finit pour le déposer dans un boarding home minable. Dans cet endroit glauque et triste tenu par le corrompu Curbelo, William vivra très peu de moments d’espoir.
La maison des naufragés :
‘Boarding Home’, absurdement traduit en français par ‘Mon ange’, est un très puissant huis-clos dans lequel William, sans doute un alter-ego de l’écrivain, partage son quotidien avec tout un ensemble très marginal de proscrits, des malades mentaux et des laissés par compte. La crasse et la misère humaine se mélangent dans un récit incroyablement glauque que je ne recommande pas du tout aux âmes sensibles, malgré qu’un étrange sens de l’humour puisse accompagner le détachement ironique du narrateur. ‘Mon ange’ serait une espèce de ‘Vol au-dessus d’un nid de coucou’ dans l’immigration cubaine à Miami, sauf qu’infiniment plus triste et sans espoir.
Même si le personnage est vraiment singulier, et ses pulsions agressives ne feront pas facile la tâche d’empathiser avec lui, la réalité est qu’il y aura des méchants plus marqués dans le récit : Notamment le propriétaire du Boarding home, Curbelo, qui empoche des bénéfices conséquents aux dépens de ses locataires, les condamnant sans aucun état d’âme à vivre dans la saleté et la pauvreté les plus effarantes. Ignorants leurs propres droits, arnaqués de tous les côtés, violés à tous les niveaux, les pensionnaires de la maison se retrouvent piégés dans cette prison infecte. Comme le protagoniste principal, ces désespérées auront aussi ces zones d’ombre, l’ambigüité morale dominant toutes les coutures de ce court mais impactant récit. Seulement Francine, celle qui l’appellera ‘mon ange’, apportera à notre immigré cubain un peu d’espoir et de lumière.
Le roman fait écho de la propre vie de Rosales qui brûla toute son œuvre littéraire avant de partir en exil en 1979, où il vivota de Boarding home en Boarding home, finissant ses jours à Miami dans la déchéance la plus absolue. Seulement deux courts romans, dont celui-ci, survirent après des années de production littéraire. Comme dans le récit, quelques amitiés éparses, issues comme lui de l’immigration latine, lui offrirent quelques ports d’attache. Mais globalement la dérive de l’écrivain vers la fin tragique fut inévitable et Rosales mit fin à ses jours en 1993 à 47 années d’âge.
Superbe mais très glauque et dur.
Citation :
« C’était un de ces refuges marginaux où aboutissent les gens que la vie a condamnés. Des fous pour la plupart. Mais aussi des vieillards que leurs familles abandonnent pour qu’ils meurent de solitude et n’empoisonnent plus la vie des triomphateurs. »








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