(To kill a mocking bird, 1960)
Traduction : Isabelle Stoïanov, Isabelle Hausser. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Une petite ville d’Alabama, dans les années 30. Dans cette région du sud des États-Unis, en pleine dépression, le racisme fait partie du quotidien. L’avocat Atticus Finch, élève seul ses deux enfants depuis la mort de sa femme, avec l’aide de Calpurnia, une femme noire qui s’occupe de la maison. Les enfants Jem et Jean Louise (appelé Scout) vivent des aventures dans le quartier avec Dill, l’enfant des voisins. Ils sont terrifiés par un homme étrange et inquiétant qui vit en réclusion totale dans une maison voisine.
Atticus sera chargé de défendre un homme noir accusé de violer une femme blanche. La ville entière semble avoir déjà condamné l’accusé, mais sans compter avec l’aigu sens de la justice d’Atticus Finch.
Racisme et justice dans un classique incontournable :
Ce merveilleux roman, inoubliable classique de la littérature américaine du XXe siècle, fut le premier roman publié par Harper Lee, en 1960. C’est un livre relativement simple dans sa narration, mais d’une richesse thématique remarquable, et teint d’une sentiment nostalgique irrésistible. Il peut se lire sur multiples angles : roman d’apprentissage, récit de mœurs du sud des US, roman de mystère, mélodrame judiciaire. Dans chacun de ces aspects le livre est pertinent, profond et émouvant, et son seul hic c’est qu’après son colossal succès, son autrice n’écrivit malheureusement plus.
Au cœur de ce récit on trouve cette Amérique puritaine et raciste, que Atticus Finch va combattre avec patience mais détermination. Le roman s’érige en plaidoyer contre les préjugés. Aujourd’hui le livre serait peut-être critiqué par tomber dans cette ficelle narrative très décriée qu’on appelle ‘White savior trope’ (Le héros est un homme blanc intelligent qui doit intervenir pour sauver un personnage noir en détresse). Mais pour un livre publié en 1960, sans l’ombre d’un doute, c’est un traitement incroyablement progressiste.
‘Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur’ utilise dans sa narration une bonne partie des éléments autobiographiques. Le père de Harper Lee, Amasa Coleman Lee, était avocat et avait défendu deux hommes noirs accusés de meurtre. Comme Finch, Il devint aussi veuf, même si plus tard. Les personnages de Jem et de Scout, la narratrice, sont basés sur son frère et elle-même. Et le personnage de l’enfant Dill est totalement inspiré de l’écrivain Truman Capote, ami d’enfance de Lee, qui habita dans la maison voisine pendant de longs séjours, un garçon frêle et sophistiqué comme Dill. Déjà adultes, leur amitié perdura et même Harper Lee assista et accompagna Truman Capote pendant l’enquête qui précéda la publication de son chef d’œuvre de non fiction ‘De sang-froid’.
L’histoire de la publication de ‘Tirez sur l’oiseau moqueur’ remonte au printemps de 1957 : Une première version du roman, appelé alors ‘Go set a watchman’, fut acheté par la maison d’édition Lippincott. Le récit fut maintes fois remanié, après une étroite collaboration de Harper Lee avec l’éditrice Tay Hohoff. Le résultat de ce travail peut se vérifier en lisant ce premier manuscrit, publié de façon controversée plus de 50 ans plus tard, et appelé en français ‘Va et poste un sentinelle’ (2015). Les personnages sont les mêmes mais toute la structure et le ton du livre sont radicalement différents. Même si ça a l’air d’être une séquelle, en réalité ‘Va et poste un sentinelle’ n’est qu’un prototype de ‘Tirez sur l’oiseau moqueur’.
Dans les propres mots de Lee : “Mon éditeur, qui avait été séduit par les flashbacks sur l’enfance de Scout, m’a persuadée d’écrire un roman du point de vue de la jeune Scout”. En plus de ce changement de perspective, Tay Hohoff est probablement aussi la responsable de transformer le conservateur et sectaire Atticus Finch de ‘Va et poste un sentinelle’, en l’homme droit, model de justice, combattant des droits de l’homme, et père exceptionnel de ‘Tirez sur l’oiseau moqueur’.
Parmi l’ensemble de pères absents, abrutis ou violents qui peuplent le roman, Atticus Finch brille pour son honnêteté, sa sagesse et son calme face à la pression sociale, et incarne un idéal de nouvelle virilité basée sur la réflexion posée et le courage de combattre l’injustice (« savoir que tu pars battu d’avance, et malgré cela, agir quand même et tenir jusqu’au bout »). Ce personnage inoubliable de la littérature de tous les temps, fut incarné de façon magistrale par Gregory Peck dans la version cinématographique réalisé par Robert Mulligan en 1962, et appelé en France ‘Des silences et des ombres’. Peck et Harper Lee restèrent amis jusqu’à leur vieillesse.
Ce classique inoubliable fut récompensé par le Prix Pulitzer en 1961.
Citation :
« Tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue (…), tant que tu ne te glisseras pas dans sa peau et que tu n’essaieras pas de te mettre à sa place. »








0 Comments