(En agosto nos vemos, 2024)
Traduction : Gabriel Iaculli. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte cette novella :
Ana Magdalena Bach, femme mariée proche de la cinquantaine et avec deux enfants, prend tous les 16 août le ferry qui la dépose dans une île aux caraïbes. Elle se rend au cimetière où sa mère est enterrée pour déposer des fleurs le jour de l’anniversaire de sa mort, puis le lendemain elle reprend le ferry pour rentrer. Sauf que cette année, après une rencontre fortuite dans un bar, elle finit pour passer la nuit avec un parfait inconnu. Cette expérience va bouleverser la vie d’Ana Magdalena, pourtant heureuse dans son mariage avec Domenico. Elle va essayer de revivre cette première infidélité le 16 août suivant. Désormais, Ana Magdalena passe tout son année dans une véritable attente de la seule nuit où elle semble pouvoir se réinventer.
En attendant le 16 août :
Attention controverse littéraire : Publié posthumement en 2024 mais commencé dans les années 90, l’écriture de ‘Nous nous reverrons en août’ fut très accidenté. L’auteur lui-même avait lu le premier chapitre en public à Madrid déjà en 1999. Sauf que, après des années de travail acharnés, ponctuées par le compte à rebours que la maladie marquait sur sa créativité littéraire, García Márquez décréta que le roman n’était pas publiable et qu’il fallait le jeter à la poubelle. La cinquième version du texte était cependant marquée d’un « Grand OK final ».
Dix années après la disparition du génie Colombien, ses enfants et héritiers se sont penchés sur la question, et ont finalement décidé que leur père, au moment de renier le roman, n’était pas en mesure de jauger sa qualité (« la perte des facultés qui n’avait pas permis à Gabo de le terminer pouvait tout aussi bien l’avoir empêché de l’apprécier à sa juste valeur »). Empêtrés dans les contradictions de l’écrivain, ses héritiers ont décidé qu’il fallait plutôt procéder à la publication de la dernière version validée. La controverse ne manqua pas de se déclencher aussitôt après l’annonce de l’éditeur.
C’est dans le crépuscule de sa vie, que García Márquez décide enfin de bâtir toute la narration autour d’un personnage féminin. Les enjeux de ce très court roman se centrent dans le dilemme de sa protagoniste, qui vit dans un mariage visiblement heureux, mais à laquelle on offre la possibilité de se réinventer uniquement un jour de l’année. À partir de cette prémisse simple, le développement narratif du récit avance dans les années au fur et à mesure que le contraste entre la vie réelle et la vie rêvée commencent à peser sur cette femme à l’approche de la cinquantaine.
Même si, ici, les velléités du réalisme magique sont loin derrière lui, le style du Prix Nobel est tout à fait présent et en pleine forme, et personnellement je rejette ces critiques qui trouvent qui ce roman serait beaucoup trop en dessous du reste de l’œuvre du géant Colombien. Au contraire, ‘Nous nous verrons en août’ a la simplicité structurelle de ses contes, avec la profondeur de ses romans. Il se niche parfaitement dans une dynamique narrative similaire à certains des ‘Douze contes vagabonds’ (1992), et les thèmes sont cohérents avec le reste de son œuvre : Le passage du temps, le contraste entre rêve et réalité, la transmission intergénérationnelle et le pouvoir évocateur de la passion sexuelle.
Certes, ses imperfections narratives, le manque de développement de certains personnages, et de fluidité dans le dénouement, nous font réaliser que ‘Nous nous reverrons en août’ n’est pas un livre aussi abouti qu’il n’en aurait pu l’être, même si le storytelling est aussi brillant que dans ces meilleurs œuvres. C’est une novella magnifique quand même, et nettement plus à même à clôturer la carrière littéraire du Prix Nobel Colombien, que ‘Mémoires de mes putes tristes’ (2004), un roman peut-être plus solide mais beaucoup moins intéressant. Du coup je suis content que ‘Nous nous reverrons en août’ ait pu voir le jour, car pour moi la lecture du ce testament du génie Colombien fut un vrai régal. À vous de juger.
Visiblement la ville où habite la protagoniste pourrait être Carthagène des Indes, où reposent les cendres de l’auteur, et l’île où la mère de la protagoniste a été enterrée serait l’île de San Andrés au large du Nicaragua.
Citation :
« Il aurait tout donné pour l’annihiler avec une repartie assassine, mais la vie lui avait appris que quand une femme tient le dernier mot, tous les autres sont en trop. C’est ainsi qu’ils ne parlèrent plus de cela, ni alors ni plus jamais. » (Traduction improvisée)








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