Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AmériqueArgentine

Octaèdre

Julio Cortázar

(Octaedro, 1974)
Traduction :   Laure Bataillon.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce recueil de nouvelles :

Recueil de huit contes de l’écrivain Argentin, qui tournent autour d’un quotidien étrange secoué par l’inattendu, souvent avec la mort comme à toile de fond.

L’inattendu :

La lecture d’un recueil de Cortazar est une expérience particulière. Lors de la sortie de ce recueil, une dizaine d’années après ‘Marelle’, Cortazar est déjà un écrivain connu et réputé, qui peut se permettre de jouer avec le lecteur. Ses histoires nous interpellent et nous font travailler, notre attention est sollicitée pour participer au décryptage, à l’interprétation de ce qui est vraiment en train de se passer. On ne sera jamais trop sûrs de tout comprendre et parfois la solution à nos doutes n’apparaitra que dans le tout dernier paragraphe, ou pas du tout. L’inattendu est le maître mot.

Le quotidien de ces personnages, rempli de non-communication et des non-dits, sera souvent perturbé par l’inclusion d’un élément fantastique ou par un évènement déconcertant, qui multipliera la soif d’explications du lecteur. Mais Cortazar ne donnera systématiquement les clés nécessaires pour la compréhension, souvent on restera dans le flou, avec la sensation de ne pas avoir tout saisi.

Ces nouvelles sont très brillantes, mais un petit côté prétentieux peut dérouter certains lecteurs qui s’attendent à une construction plus conventionnelle. Ce n’est pas si perché que cela, mais chaque histoire a son lot de surprises et c’est difficile de prédire dans quelle direction elle évoluera.

Peut-être mon histoire favorite est la toute première : ‘Liliana pleurant’ : Un homme à l’hôpital, atteint d’une maladie à pronostique mortel, s’imagine comment sera la réaction de son entourage juste après le dénouement, son enterrement et la vie que continue pour ses proches.

Souvent on dit que cet octaèdre représente 8 faces d’une même histoire mais personnellement je pense que les histoires n’ont pas de vraie connexion, à part le style assez recherché, et les thèmes chers à l’écrivain : l’inattendu, les non-dits, le mélange entre quotidien et fantastique, et l’approche de la mort.


Citation :

« … je peux lui faire confiance, les dernières pilules seront toujours vertes ou rouges mais dedans il y aura autre chose, le grand sommeil dont je lui suis déjà reconnaissant tandis qu’il reste là au pied du lit à me regarder, l’air un peu perdu parce que la vérité l’a vidé, pauvre vieux. »

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