(Olive Kitteridge, 2008)
Traduction : Pierre Brévignon. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Crosby, Maine, États-Unis. À travers un ensemble d’histoires courtes, parfois reliées parfois inconnexes, qui se déroulent le long de quelques dizaines d’années, le livre trace le portrait de Olive Kitteridge, une femme acariâtre, brutal, un peu asociale, mais complètement authentique, qui a quand même un bon fond. Olive est professeure de mathématiques et son mari, Henry, gère la pharmacie du village. Ils ont un enfant, Christopher, qu’elle étouffe à coup de jugements, occupation favorite d’Olive.
Portrait d’une femme hors-norme :
À mi-chemin entre le roman et le recueil de nouvelles, ‘Olive Kitteridge’ est un livre fascinant par sa structure, très polyphonique, qui donne une remarquable multiplicité de perspectives sur le personnage principal, complétant le portrait à coup de point de vue différents. Un ancien élève verra Olive comme quelqu’un de solide et bienveillant malgré son aspect sévère, sa belle-fille verra en elle une femme ringarde et manipulatrice dont il faut s’en éloigner à tout prix, ses amis et voisins verront en elle une femme aussi insupportable que loyale, et son pauvre mari, qui l’adore, encaissera de plein fouet et à plusieurs reprises les conséquences du sale caractère de sa femme. Mais c’est le lien d’Olive avec son fils Christopher qui va s’avérer le plus complexe. Car elle n’arrive pas à exprimer l’amour inconditionnel qu’elle a pour son fils d’une autre façon qu’avec la surveillance, l’étouffement et le jugement permanent.
Le roman se structure sur treize histoires courtes, souvent des petites nouvelles en soi, dans lesquelles Olive alterne un rôle principal, avec un de secondaire, et même parfois avec un de figuration. C’est à la fois le plus intéressant atout du livre et son unique petit hic à mon avis. La qualité des récits est solide et assez égale, mais on sent trop que dans certaines nouvelles la présence d’Olive est tellement épisodique qu’aurait pu été rajoutée à posteriori, dans le but de donner solidité au récit général. Dans quelques nouvelles le lien avec son mari et son fils est plus marquant et le roman progresse plus clairement. On a la sensation que le roman se tient mieux dans l’ensemble quand Olive est bien visible, même si c’est dans un rôle secondaire.
Autre sa structure, le roman a un deuxième atout remarquable qui est l’incroyable perspicacité de son autrice pour les portraits psychologiques. Les personnages sont réels, riches, divers et fascinants. Il n’y a pas vraiment ni gentils ni méchants, tous les personnages sont équilibrés et ils ont autant de failles que de qualités. À commencer pour l’inoubliable Olive, femme unique, aussi pénible qu’attachante, mais dont le portrait sera modulé par un côté empathique très humain qui la pousse à aider les personnes en détresse. Olive est un personnage authentique, une femme difficile qui n’a pas de filtre et dit les choses telle qu’elle le pense. Cela donnera des situations singulières, que sous la plume vibrante de Strout deviennent drôles et comiques, malgré le ton général un peu dramatique de l’histoire.
Henry est un mari soumis et aimant, mais qui rêve de trouver une Olive plus facile et moins caractérielle, à l’image de son assistante dans la pharmacie, Denise, une jeune femme simple, gentille et naïve, dont Henry est un peu amouraché. Complètent l’ensemble toute une myriade de personnages hauts en couleurs mais totalement vrais, qui collaborent à élaborer une fresque foisonnant de toute cette communauté du nord-est des États-Unis.
Publié en 2008, ‘Olive Kitteridge’ remporta en 2009 le Prix Pulitzer et fut adapté en 2014 dans une mini-série HBO du même titre, avec une extraordinaire Frances McDormand qui campait royalement le rôle principal. Elizabeth Strout écrivit une suite du roman en 2019, titré ‘Olive, enfin’ (‘Olive, Again’).
Citation :
« Elle n’aimait pas être seule. Elle aimait encore moins être avec des gens. »








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