(Breakfast at Tiffany’s, 1958)
Traduction : Germaine Beaumont. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Holly Golightly, jeune fille excentrique et un peu loufoque, mène une vie chaotique remplie des fêtes extravagantes qui énerve ses voisins. Elle est payée pour accompagner des hommes, et débarque à l’improviste avec ses clients à n’importe quelle heure du matin ou du soir. Notre narrateur, un jeune écrivain en quête de succès, est aussi un des voisins, mais lui il sera happé par la personnalité de la jeune mondaine au charme irrésistible.
Audrey Audrey Audrey :
Très difficile de lire ce court roman sans qu’il vienne à la tête l’image de l’actrice Audrey Hepburn dans le film de Blake Edwards. Le rôle de Holly est probablement le personnage le plus iconique de sa longue carrière. Son image en robe de soirée en croquant un croissant devant la façade de Tiffany’s (« Il ne peut rien vous arrivez de mal, là-bas », selon Holly), et la séquence où elle chante la douce mélodie d’Henry Mancini « Moon River » assise sur sa fenêtre, sont des moments magiques. Les images d’Audrey Hepburn dans ce film, finalement, ont traversé les époques presque plus que le livre lui-même. Pourtant le film vise très court sur la plupart de sujets du roman : Homosexualité, amour et prostitution sont trop hollywoodisés dans le film, tout est beaucoup plus nuancé et intéressant dans le roman.
À différence du film, la sexualité de Paul, le narrateur, même si jamais clairement évoquée dans le livre, semble être homosexuel, comme Capote, dont Paul est un peu l’alter ego. La fascination de lui par Holly Golightly n’a rien à voir avec le désir. C’est un amour platonique, plus tendresse que sensualité. Il adore son côté désinvolte, son caractère assumé, sa personnalité élancée. Il aimerait en quelque sorte avoir son cran à elle. C’est justement une des raisons pour laquelle Holly peut développer une belle relation d’amitié, car elle ne doit pas calculer comment tirer un profit de lui.
La prostitution de Holly d’ailleurs, est aussi évoquée de façon très vague et discrète. Holly reste classe, donc on va dire qu’elle est plutôt une escort girl. En attente de marier un milliardaire, elle se fait payer pour « accompagner » des hommes riches, ou loue ses services comme visiteuse en prison, mais on ne sait pas trop si elle voit cela comme un métier ou presque comme un de plus de ses choix chaotiques. Est-ce que naïvement elle tombe dans les bras des hommes qui maintiennent sa petite vie de bourgeoise ? Ou bien ce sont des choix assumés qu’elle cache à notre jeune narrateur ? Pas sûr, le personnage est très éthéré et mystérieux, et échappe à toute définition conventionnelle. L’insaisissable Holly est une merveille de sensibilité et créativité de la part de Capote.
Ce personnage sophistiqué et complexe est au centre d’une histoire relativement simple, autour du sexe et du pouvoir. Malgré une qualité indéniable, ‘Breakfast at Tiffany’s’ n’arrive pas au sommet d’autres œuvres du génie américain. Le roman doit une bonne partie de sa réputation à la popularité du film, Audrey Hepburn en particulier, malgré que le film soit clairement inférieur au livre. C’est très agréable à lire (Je l’ai lu deux fois), mais préférez d’autres œuvres de Capote comme ‘La harpe d’herbes’, ses recueils de nouvelles, ou ‘De sang-froid’.
Citation :
« Être une star et posséder une forte personnalité on pourrait croire que ça marche ensemble. En fait, c’est essentiel de ne pas avoir de personnalité du tout. Je ne veux pas dire que ça m’embêterait d’être riche et célèbre. C’est même inscrit dans mon programme et un de ces jours j’essaierai d’y arriver. Mais si j’y arrive c’est à condition que ma personnalité me suive. Je veux encore être moi-même quand je m’éveillerai un beau matin pour prendre mon petit-déjeuner chez Tiffany. »








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