(O Pioneers!, 1913)
Traduction : Marc Chénetier. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Nebraska, États-Unis. Les Bergson sont une famille d’immigrants originaires de Suède, qui peinent à faire produire la terre dans laquelle ils se sont installés. A la mort du patriarche John, sa fille Alexandra s’en chargera de l’exploitation, en plus de prendre soin de ses frères Lou, Oscar et le petit Emil. Face aux difficultés incessantes, les autres familles suédoises de la région vont baisser les bras et capituler, mais Alexandra va s’acharner et réfléchir à des nouvelles façons d’apprivoiser ce terrain peu productif, dans des conditions très dures. Avec sa ténacité et son intelligence, elle saura s’adapter et remettre d’aplomb l’exploitation. Malgré l’énorme courage d’Alexandra et la réussite de ses projets, sa détermination à ne pas se plier aux hommes qui l’entourent, et ses idées novatrices seront toujours jugées avec méfiance car, après tout, elle n’est qu’une femme.
Féminisme et immigration suédoise au Nebraska :
‘Pionniers’ est le premier volet de la trilogie des pleines de Nebraska, suivi par ‘Le chant de l’alouette’ (1915), et son chef d’œuvre ‘Ma Ántonia’ (1918). ‘Pionniers’ est une œuvre magnifique, imprégnée comme d’habitude chez l’autrice américaine, de l’amour par ces terres indomptables, ces prairies interminables du Nebraska où Cather avait grandi.
Comme dans son roman plus connu ‘Ma Ántonia’, on trouve à nouveau un personnage féminin très fort au centre du récit, et aussi cette qualité nostalgique du paysage, ces plaines du Nebraska qui vont devenir un personnage à part entière, dans ce livre et en général dans l’œuvre de Cather. Avec un style très poétique et évocateur, le récit se déroule le long de plusieurs décennies, avec une narration en toute fluidité mais dans la retenue, évitant tout excès ou sentimentalisme.
Attention, il y a très peu d’action dans ce roman, on suit la vie quotidienne de cette famille, avec ses hauts et ses bas, rien de plus rien de moins. Dans les mots de Cather elle-même : « J’avais décidé de ne pas ‘écrire’ du tout, tout simplement m’abandonner dans le plaisir de capturer dans la mémoire les gens et les lieux que j’avais oubliés ».
Si ces mises en garde ne vous dérangent pas, vous découvrirez alors une écrivaine américaine incroyablement talentueuse, assez méconnue ailleurs les États-Unis. Le récit s’ouvre de forme magistrale par une scène protagonisée par le petit Emil, séquence qui va petit à petit s’emboîter avec la suivante et ainsi de suite, cédant la place à tour de rôle aux autres protagonistes de l’histoire. C’est un style narratif subtile qui ne sera pas du gout des amateurs de l’action et des rebondissements, mais qui reste solide et émouvant.
Le merveilleux personnage d’Alexandra est au centre du discours féministe du roman. Elle sacrifie presque toute sa jeunesse pour assouvir le rêve de son père d’avoir une exploitation fleurissante, mais étant une femme, son succès sera toujours regardé avec jalousie et même du mépris. La seule idée qu’elle puisse avoir une vraie vie amoureuse en tant que femme, va laisser perplexe son entourage, trop habitué à son abnégation. Et pourtant, Alexandra ne cesse, une fois et une autre, de faire ce qu’elle considère qu’elle doit faire, indépendamment de ce que les hommes autour d’elle souhaitent. Peut-être pas aussi indomptable que la Ántonia de ‘Ma Ántonia’, Alexandra est un peu son penchant plus sage et rangé, moins sauvage, mais elle se décrit de la même façon, par son côté indépendant et parce qu’elle incarne aussi à merveille l’attachement à cette terre où elle n’est pourtant pas née.
‘Pionniers’ met aussi en lumière l’univers de l’immigration étrangère aux États-Unis à la fin du XIXe siècle et début du XXe. Immigration suédoise, tchèque, tzigane ou autre, tous ces hommes et ces femmes de divers horizons sont traités avec une perspective très moderne et actuelle. Les romans de Cather n’ont jamais cessé d’acquérir du prestige car sa vision sur la femme, l’immigration et la société étaient très en avance dans son temps. Classe.
Citation :
« Sa vie personnelle, la propre réalisation de sa personne, était presque comme une existence subconsciente ; comme un fleuve souterrain qui sortait à la surface seulement ici et là, à des intervalles séparés par des mois, pour alors replonger à nouveau sous ses propres champs. » (Traduction improvisée)








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