(Portnoy’s complaint, 1969)
Traduction : Henri Robillot. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Alex Portnoy, un homme juif de 33 ans, déballe tous ses problèmes à son psychanalyste lors d’un long monologue sans aucune retenue. Avec son humour amère et vitriolique, Alex passe en revue son enfance et sa jeunesse, sa relation fusionnelle avec une mère intense et omniprésente, son regard détaché voire haineux sur son identité juive, son onanisme débridé et tordu, ainsi comme ses premières expériences sexuelles avec des femmes, maquées par la perversion, l’angoisse et la culpabilité.
Monologue obsessionnel :
‘Portnoy et son complexe’ est un des premiers romans de Philip Roth, sans doute celui qui cimenta sa réputation et qui le révéla au grand publique. Le livre fut entouré d’un énorme scandale, d’un côté par la façon, inouïe pour l’époque, de parler ouvertement de sexualité sans aucun tabou (il y a des décryptions assez graphiques de moments de masturbation très osés et des perversions sexuelles assez délirantes). Et d’un autre côté le livre fut très critiqué dans les cercles juifs, car il ne ménage pas cette religion. C’est un règlement de comptes complet et sans ambages du cadre très restreint que la religion juive laisse à notre protagoniste, asphyxié entre sa mère aimante mais castratrice et les normes étouffantes qui gèrent la vie de la communauté juive de Weequahic dans le New Jersey.
Il n’y a que le fabuleux talent de Roth qui pourrait relever le défi de faire quelque chose de cohérent à partir de ce matériel de départ complétement scabreux, frôlant la pornographie, et de cette diatribe vitriolique contre la religion. Ce monologue assez décousu, adressé à un psychanalyste totalement absent du récit, dévoile la finesse de son dispositif petit à petit grâce à la progression soutenue du récit. Notre protagoniste, dans sa recherche d’un exutoire à sa sexualité débridée, passe des bras étouffants de sa mère au lit de quelques femmes déroutées, tout en passant par des extravagantes séances masturbatoires qui, loin de le libérer, le font plonger davantage dans un complexe de culpabilité impossible d’apaiser.
Dans l’introduction l’auteur explique en quoi consisterai ce complexe de Portnoy : Un désordre dans lequel des élans altruistes et éthiques se confrontent à des violents et extrêmes désirs sexuels, souvent de nature perverse.
Le personnage central, un jeune homme juif qui n’arrête pas de déblatérer sur la religion en général et sur la sienne en particulier, qui méprise totalement la médiocrité de l’américain moyen, même si au fond de lui se meurt d’envie de vivre cet American dream qui tant critique, risque de froisser certains lecteurs. C’est un personnage relativement peu sympathique, pathétique, plutôt centré sur lui-même et le vide de son existence, qui a une vision assez restreinte de la femme, limitée dans le récit à la mère castratrice et impérieuse, ou bien la femme débridée qui devient objet sexuel.
Malgré l’évidente qualité de son écriture, l’humour irrésistible porté par le décalage du personnage, et la finesse du traitement de ces sujets complexes, ‘Portnoy et son complexe’ est probablement un Roth mineur. C’est une ouvre intéressante sans doute, mais préférez d’autres Roths plus riches, matures et solides, comme ‘Le complot contre l’Amérique’, ‘La tâche’ ou ‘Pastoral américaine’, probablement son chef-d’œuvre.
Citation :
« Elle était si profondément ancrée dans ma conscience que, durant ma première année d’école, je crois bien m’être imaginé que chacun de mes professeurs était ma mère déguisée. »








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