(The portrait of a lady, 1881)
Traduction : Philippe Neel. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Années 1870. La bostonienne Isabelle Archer, à la mort de son père, est invitée chez sa tante Lydia en Angleterre. Là, la belle et intelligente héritière connait son cousin Ralph Touchett, qui est fasciné par elle. Et aussi ses premiers prétendants, le voisin Lord Warbuton et son ami américain Caspar Goodwood, qui débarque en Europe pour s’approcher d’Isabelle. La jeune et indépendante femme a ses propres idées et ne veut absolument pas se laisser dicter sa conduite, même si cela va lui attirer quelques ennuis. Une lointaine ami de sa tante, l’intrigante Mme Merle, va s’approcher d’elle avec sollicitude, mais avec un objectif caché. L’intrigue nous mènera en Italie, où l’attitude d’Isabel provoquera des situations compliquées.
Portrait d’une dame indépendante :
Attention ce magnifique roman peut être difficile, en plus de long. Ce n’est pas un des romans le plus impénétrables de Henry James, bien au contraire, est un des plus accessibles, mais c’est quand même du Henry James. Préparez-vous pour une narration relativement laborieuse, par moments déroutante, avec peu d’action et rebondissements presque inexistants ou bien étranges.
Comme d’habitude chez James, le plus anglais des écrivains américains, les contrastes entre américains et anglais, et le rapport entre fortunés et moins fortunés, sont au cœur du récit, mais le sujet principal est celui de la liberté d’une femme pour prendre ses propres décisions en plein XIXe siècle. C’est en réfléchissant sur l’indépendance de la femme que le roman touche son point le plus fort. Pour le portrait de cette dame, têtue, fascinante et toujours elle-même, je m’en remets au texte de James lui-même (voir citations plus bas).
Le style est élégant et recherché sans que forcément soit trop difficile à lire. Psychologie très travaillée, avec finesse et personnages pleins de facettes. Un certain coté impressionniste, qui peut passer pour de l’improvisation. Le roman est rempli d’étranges ellipses, James s’attarde sur des séquences apparemment sans importance, pour juste après ellipser des parties essentielles du récit. Le résultat est que certains évènements restent dans le brouillard, et on se demande comment tel ou tel personnage est arrivé à faire quelque chose, quand et pourquoi. Cela ne fait que rajouter dans le côté suggestion et mystère du roman. Le lecteur peut se trouver désorienté, mais personnellement j’ai adoré être malmené par James dans ce roman spécial et unique.
Certaines de ces ellipses seront comblés 136 années plus tard dans ‘Mrs Osmond’ (2017), une sorte de séquelle très intéressante de ‘Portrait de femme’, concocté par le talentueux écrivain irlandais John Banville. En reprenant jusqu’à un certain point le style de James, il continue le récit tout en éclaircissant une bonne partie de tous ces évènements qui étaient restés flous, en rajoutant une intrigue plus dynamique, et quelques couches de secret de plus aux personnages. Lecture super recommandée après ‘Portrait de femme’, surtout si le dénouement vous laisse perplexe (comme c’est souvent l’habitude chez James).
‘Portrait de femme’ est un peu lent dans sa première partie, il met quelques 200 pages à vraiment décoller et présenter un semblant de vraie intrigue. Malgré cela et ces ellipses qui peuvent dérouter, ce pavé est un fabuleux roman qui vous accompagnera longtemps et ne cessera de grandir après la lecture.
Citations :
« Jeune personne aux théories nombreuses, Isabel Archer était douée d’une imagination remarquablement active. Sa chance avait été de disposer d’un esprit plus aiguisé que la plupart des gens parmi lesquels le sort l’avait placée, de percevoir avec plus d’ampleur les faits qui se déroulaient autour d’elle et de désirer connaître ce qui lui était peu familier. Il est exact qu’aux yeux de ses contemporains elle passait pour extrêmement profonde… »
« Dans le domaine des opinions, elle avait suivi sa propre voie qui l’avait engagée dans une infinité de zigzags ridicules. Par moments, elle se découvrait dans son tort d’une façon si grotesque qu’elle s’offrait alors une semaine d’humilité passionnée. Après quoi, elle redressait la tête plus haut que jamais ; car cela ne servait à rien ; son désir d’avoir bonne opinion d’elle-même était insatiable. »








0 Comments