(Retrato en sepia, 2000)
Traduction : Claude de Frayssinet. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Californie 1862. Après les multiples aventures pendant la rué d’or décrites dans ‘Fille du destin’, Eliza Sommers et Tao Chi’en se sont installés à San Francisco et vivent paisiblement à Chinatown. À travers leur descendance, leurs vies vont se mélanger avec celle de la richissime Paulina del Valle, devenant les grands parents d’une petite fille appelée Aurora. La jeune Aurora del Valle essaie de reconstruire les évènements qui ont façonné sa vie depuis son enfance à San Francisco et puis jusqu’au retour en Chili.
Suite de ‘Fille du destin’ :
‘Portrait sépia’ est une suite directe du roman précèdent d’Allende ‘Fille du destin’. Bien qu’il puisse se lire indépendamment, car il fournit toutes les clés pour suivre la progression dramatique de l’histoire, ce serait beaucoup plus intéressant de lire les deux romans dans l’ordre chronologique. Eliza Sommers et Tao Chi’en, héros de ‘Fille du destin’ sont les protagonistes de la première partie de ‘Portrait sépia’, qui retrace ainsi la suite de leurs vies. Le roman se centrera aussi dans l’autre grand-mère d’Aurora, la puissante Paulina del Valle, puis dans les deux suivantes générations jusqu’à la jeune Aurora. Je conseille vivement lire ‘Fille du destin’ avant ‘Portrait sépia’, car les deux romans forment clairement un diptyque narratif.
‘Portrait sépia’ fait aussi le lien avec le premier roman de l’autrice, ‘La maison des esprits’, établissant la généalogie de sa protagoniste Clara del Valle. Mais ce lien est plus anecdotique et à vrai dire les romans sont totalement indépendants, et même la tonalité narrative est assez différente. Malgré que parfois on présente cette série comme une trilogie, la réalité est qu’on peut lire le grand chef d’œuvre d’Allende ‘La maison des esprits’ de façon indépendante, et plus tard se plonger dans ‘Fille du destin’ et ‘Portrait sépia’ qui forment un vrai diptyque, autant stylistiquement que narrativement.
Allende signe avec ‘Portrait sépia’ une magnifique épopée mi-historique, mi-romantique, mais surtout roman d’aventures, qui s’éloigne un peu de l’univers du réalisme magique qui avait marqué ses débuts littéraires (‘La maison des esprits’, ‘Eva Luna’ et d’autres). S’affranchissant complètement de l’ombre de García Márquez, Allende nous offre un récit un peu plus conventionnel, mais sans doute puissant et très dynamique. Si ‘Fille du destin’ exilait ses personnages du Chili jusqu’à une Californie en pleine rouée vers l’or, cette fois l’action se produit en sens inverse, menant Aurora de San Francisco jusqu’au retour en Chili, où la famille se trouvera impliquée dans des évènements historiques majeurs, comme la guerre du Pacifique qui affronta le Pérou et la Bolivie avec le Chili, entre 1879 et 1884.
Comme d’habitude chez l’autrice Chilienne, les personnages sont très riches, marqués et variés, notamment les personnages féminins, souvent des femmes fortes et déterminées qui tracent leur propre destin dans un monde dominé par les hommes. Tandis qu’Aurora est probablement la moins intéressante des femmes du récit, je ne doute pas que la fabuleuse Pauline del Valle, avec toutes ses ombres et ses lumières et tout son lot de contradictions, sera le personnage favori de beaucoup de lecteurs. Côté masculin, Tao Chi’en reste le personnage solide qu’il était déjà dans ‘Fille du destin’, et on rajoute le fascinant personnage de Williams, assistant de Paulina del Valle, une espèce de lord anglais déchu, dont le développement narratif sera très intéressant dans le récit. Tous composent un remarquable ensemble de personnages qui seront balayés d’une passion à l’autre pendant plusieurs décennies, le long de cette émouvante saga familiale.
Mis à part cette richesse de tempéraments divers, le grand atout de ce roman est la prodigieuse fluidité de son style narratif, qui nous mène aisément à travers son intrigue baroque et foisonnante, sans qu’on ne s’y perde jamais, malgré tous les secrets, les non-dits, la multitude de personnages et les liens complexes qui traversent le récit. Allende prévoit des petits rappels du passé (notamment certains évènements décrits dans ‘Fille du destin’), ainsi que du foreshadowing, des brèves anticipations de ce qui va arriver, façon qu’on soit tout le temps dans un terrain plus ou moins connu, même si on découvrira des nouvelles facettes du récit à chaque page.
Au centre du récit, on trouve la reconstruction de la mémoire d’Aurora del Valle, avec le mystère, les secrets et les traumatismes qu’elle devra dépasser en affrontant la vérité de son passé. C’est un roman dramatique mais lumineux, qui fera le bonheur de tous ses lecteurs amateurs des sagas familiales, et des grands drames avec passions déchainées et multiples rebondissements.
Citation :
« Êtes-vous incapable d’oublier votre dépit ? Nous sommes tous à un âge où nous devons jeter par-dessus bord les sentiments qui ne servent à rien, et garder uniquement ceux qui nous servent à vivre. La tolérance est de ceux-là, mère. »








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