Littérature des 5 continents : AmériqueÉtats-Unis

Racconti romani

Jhumpa Lahiri

(Racconti romani, 2022)
Traduction :  Pas connue.   Langue d’origine : Italien
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce recueil de nouvelles :

Collection d’histoire courtes, toutes situées dans la ville de Rome, soulignant les contrastes, les non-dits et les problèmes de communication entre les personnes. Les nouvelles se centrent sur peu de personnages, hommes et femmes par la plupart d’un certain âge, dont leurs conflits seront souvent mis en lumière par des petits évènements de leur quotidien.

Alice Munro à Rome :

Ces neuf nouvelles sont très différentes même si thématiquement on reprend souvent le patron de la bourgeoisie et ses petits tracas en rapport aux problèmes plus complexes des classes moins favorisés, notamment issues de l’immigration. Les récits sont bien sûr reliés par la ville de Rome, témoin souvent du mal de vivre intime de nos protagonistes, mais c’est l’unité stylistique ce qui donne vraiment cohérence à l’ensemble. Dans ce sens, l’écriture de Lahiri peut faire penser beaucoup à Alice Munro, la Prix Nobel canadienne, aussi spécialisé dans la nouvelle, et surtout dans le décryptage des non-dits et de tout ce qui se déroule à l’intérieur des êtres humains et qui serait imperceptible en surface. Comme Munro, Lahiri propose un remarquable travail d’introspection psychologique.

Le recueil est assez régulier, sans aucune fausse note, toutes les nouvelles sont intéressantes et superbement bien écrites. Mon histoire favorite serait ‘The entry’, où deux amies dinent ensemble dans un restaurant italien. Une femme est en train de faire le deuil de la mort d’un proche, tandis que l’autre lui prête soutien, mais un évènement dérisoire protagonisé par la fille de la propriétaire du restaurant, créera une rupture narrative et marquera peut-être à jamais le contraste qui séparé les deux femmes.

La ville éternelle, Rome, est présente dans toutes les histoires, apportant le cadre sans en être vraiment la protagoniste. Seulement dans le récit ‘The steps’, qui prend la place centrale du recueil, le décor semble avoir le premier rôle. Cette nouvelle se divise en plusieurs micro histoires, où une multitude de petites intrigues se déroulent sur les 126 marches d’un escalier en marbre, aussi fréquenté par les touristes que par les jeunes du quartier. Il n’est jamais mentionné dans le récit, mais il s’agit probablement de la Scalea del Tamburino.

Les personnages sont variés même si Lahiri favorise un ensemble peuplé d’expatriés, mais aussi des intellectuels, artistes, écrivains et mondains divers, tous orbitant autour de la borghesia italienne et de la mondanité internationale, cultivé et aisé. Les récits vont entremêler ces personnages avec d’autres moins favorisés, comme des petits gredins, des jeunes paumés et des travailleurs issus de l’immigration, (souvent d’origine indienne sans jamais le mentionner explicitement). C’est un terrain de jeu vaste que l’autrice connait bien et qui lui permet de développer une de ses premières œuvres écrites originalement en Italien depuis qu’elle s’est installée là avec sa famille en 2012.

Sans traduction française prévue au moment d’écrire ces lignes (2025), j’ai lu la traduction anglaise proposé par l’autrice elle-même, et par Todd Portnowitz. Avec ce storytelling si subtile et brillant, j’en suis sûr que cette première lecture de Lahiri ne sera certainement pas la dernière.


Citation :

« Quand il conduit vers le lycée, il me dit toujours la même chose : Qu’il n’avait pas pu faire quoique ce soit de sa vie. Tout ce qu’il veut que je fasse est étudier, finir le lycée, aller à l’université et partir aussi loin que possible d’eux. » (Traduction improvisée)

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