Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AmériqueNicaragua

Sophie des présages

Gioconda Belli

(Sofía de los Presagios, 1990)
Traduction :   Pas connue.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Suite à la dispute et séparation de ses parents, et au départ précipité des gitans, une fillette mi-gitane (Père gitan et mère gadjo) se trouve abandonnée par mégarde dans une ville qu’elle ne connait pas. A sept ans, la petite Sophie est perdue, chaque parent pensant que c’est l’autre qui est parti avec. Elle trouvera des gentils parents d’adoption, qui lui permettront de grandir saine et entouré d’amour, mais sa personnalité hautaine et son tempérament impétueux, vont compliquer l’existence de la jeune fille, dans un village qui n’est pas prêt à faire aucun pas vers cette « gitane ».

Sophie se lié d’amitié avec des personnages qui ont connaissances en magie ancestrale et qui suivront attentivement des présages qui lui augurent malheurs et complications. Le jour de son mariage avec l’autoritaire Rene, Sophie dévoile son caractère capricieux et indomptable. Les habitants, de plus en plus craintifs, vont prêter des rumeurs diaboliques à Sophie.

Le traumatisme de l’abandon :

C’est sans doute un des livres le plus intelligents qu’on peut lire sur le sujet de l’abandon, thème central du livre, sur la peur duquel Sophie a construit toute sa vie. Incapable de trouver une explication au rejet vécu dans son enfance (Elle n’en est pas consciente, mais dès la première page on sait que chacun de ses parents pense que la petite est partie avec l’autre), elle sabordera chacune de ses réussites dans la vie, en les décryptant sous l’angle du délaissement et d’un possible abandon.

Le personnage central de Sophie se laisse guider par ses instincts et ses émotions primaires. Égoïste et hautaine, elle est habituée à faire tout le temps ce qu’elle veut sans écouter personne. Ce personnage à priori un peu négatif, inspirera malgré tout l’empathie du lecteur, grâce à ce combat acharné qu’elle libre contre le traumatisme de son abandon initial. Ses relations avec les hommes sont complexes : À son habitude, elle les utilise et les fait valser au son qu’elle marque. Mais si par malheur quelqu’un décide de ne pas se plier à ses desseins, elle le vivra comme un nouvel abandon. Un travail littéraire profond est fait autour des faiblesses de ce personnage unique et touchant.

Le roman est rempli de sorcières, magiciens, présages, esprits, rituels ancestrales et cérémonies bizarres en tout genre. Mais rien de cela est relevé comme du fantastique, cela fait partie tout simplement du quotidien de nos personnages, c’est la marque de fabrique du réalisme magique. Le roman a quelques airs de García Márquez, bien sûr, mais la vision de la femme s’en éloigne et nos l’approche beaucoup plus de l’écrivaine chilienne Isabel Allende. Comme dans l’autrice de ‘La maison des esprits’, les femmes de ce livre peuvent être fortes, puissantes, capables d’ignorer les hommes, et les manipuler à leur avantage. Femmes dominantes en somme, qui sont le moteur de la narration, et dotent ce livre d’une sensualité et d’une féminité authentique et sauvage.

Les sujets qui intéressent à Belli, mis à part le traumatisme de l’abandon, sont divers : L’indépendance de la femme et son affranchissement du besoin de l’homme, serait un des terrains de réflexion de ce roman. Puis aussi on trouve une analyse poussée sur la question de l’appartenance. Sophie, par sa naissance ‘mixte’ (Père gitan et mère gadjo) vivra toujours dans une perpétuelle quête de sa vraie identité.

Magnifique roman structuré autour du personnage et du thème central par une écrivaine à l’univers très riche et fascinant. Traduction pas connue pour l’instant. Autrice à suivre.


Citation :

« Elle ne peut pas comprendre comment mari et femme ont pu se supporter tous ces années. Tous les deux sont protagonistes d’une lutte de volontés impliables, et dans le combat, ils semblent trouver la stimulation qui les maintient unis. »

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