Littérature des 5 continents : AmériqueBrésil

Tereza Batista

Jorge Amado

(Tereza Batista, 1972)
Traduction : Alice Raillard.   Langue d’origine : Portugais
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Tereza Batista, femme forte et courageuse à la beauté saisissante, ne supporte pas les injustices et prend toujours la défense des femmes abusées. Le récit plonge dans son passé traumatique lors que, encore enfant, elle est vendue en mariage au Capitão, un homme affreux, abjecte et cruel qui la fera souffrir l’indicible et pour lequel elle ne sera qu’un objet. Tereza grandit s’affranchissant avec difficulté de l’emprise des hommes qui essaient toujours de la faire plier, se réinventant à chaque fois : artiste de cabaret, prostituée, femme de ménage, femme au foyer, et même infirmière de fortune lors d’une épidémie meurtrière. Elle se relève à chaque coup, sans perdre l’espoir de trouver l’épanouissement.

Portrait d’une femme indomptable :

Le récit suit la vie et le destin de Tereza Batista, femme maltraitée par la vie, mais qui a su toujours montrer un visage déterminé face aux adversités. Son existence est marquée par les hommes qui l’ont côtoyée, trop souvent des affreux abrutis. Tereza peine à trouver le bonheur à deux. Malgré l’objectif clairement féministe de l’œuvre, certains lecteurs peuvent trouver que le regard masculin est quelque part trop marqué, car Tereza, même si protagoniste absolue du récit, est presque toujours décrite en lien aux hommes de sa vie. Attention aussi au ton avec lequel Amado approche les scènes de maltraitance, viol, et humiliations qui ont marqué la vie de notre héroïne, plutôt désinvolte et rien pudique. Amado s’épanche lors des séquences très osées, qui sont narrés avec brio mais sans retenue. C’est parfois cru.

Dans ‘Tereza Batista’, une multitude de thèmes s’invitent : le rôle attribué à la femme dans la société, le sexisme, la prostitution, les préjugés, la culture et l’idiosyncrasie du Nord-est brésilien, l’histoire du pays et même les Orixas. La plume prodigieuse d’Amado s’épanouit dans le foisonnement du récit, offrant des pages de grande richesse littéraire.

La structure du roman est assez particulière et créative. Amado divise le récit en cinq parties : Dans la première on trouve Tereza adulte, en artiste de cabaret adulée de tous. Puis la narration plonge dans le passé traumatique de Tereza pour nos faire comprendre comment son caractère a été forgé à coup des abus masculins. Attention, les parties trois et quatre s’alternent dans le temps, pour montrer Tereza à différents stades de sa vie et tisser petit à petit le puzzle des évènements qui ont bâti sa personnalité.

Sans spoiler, dans la cinquième et dernière partie, on retrouvera Tereza face à son destin. À mon avis, même si superbement écrite, c’est la partie la moins solide du roman : les évènements et rebondissements s’empilent, à un rythme peut-être trop précipité, lestant l’évolution dramatique. La rébellion lidèrée par Tereza dans cette dernière tranche, se décline le long d’une bonne vingtaine de personnages que Amado bascule dans tous les sens, s’éloignant un peu de la colonne vertébrale du roman.

Malgré ce petit manque de concentration dans les séquences finales, globalement Amado compose un livre magnifique et prodigieux, une fresque envoutante qui fait de cette lecture un vrai régal.


Citations :

« Son excellence aime avancer par des chemins tortueux, sinon comment supporter la vie politique, la petitesse des hommes, la vanité des sots ? Il aime les prendre sur le fait, les mains dans le sac. »

 

« Tereza Batista ressemble au peuple et à personne d’autre. Au peuple brésilien si malheureux, jamais vaincu. Quand on le croit mort, il se lève du cercueil. »

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