Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AmériqueSuriname

The cost of sugar

Cynthia McLeod

(Hoe duur was de suiker, 1987)
Traduction :   Pas connue.   Langue d’origine : Néerlandais
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Suriname, 1765. Les demi-sœurs Elza et Sarith sont descendantes d’une riche famille de planteurs d’origine juif, enrichie grâce au commerce de la canne à sucre, qu’ils cultivent grâce aux travail acharné des esclaves. Les vies des deux jeunes femmes seront radicalement opposées, tandis que la Elza est une femme sage et responsable, les caprices de Sarith vont compliquer les choses dans la colonie, dans un contexte qui est déjà tendu. Certains esclaves, les marrons, ont fui et se sont installés dans la jungle d’où ils entament une guérilla contre les maîtres qui les ont exploités. Ils préparent une révolution qui devrait finir avec des années d’esclavage.

Maîtres et esclaves :

Incompréhensiblement, ce classique moderne de la littérature surinamaise, n’a pas de traduction française au moment d’écrire ces lignes (2023). Mis à part l’original néerlandais, on trouve disponible la traduction anglaise, ‘The cost of sugar’, celle que j’ai lu. Et pourtant, malgré quelques éléments simplistes dans son intrigue, c’est un roman incroyablement riche et dynamique, qui nous plonge totalement dans la société de la fin du XVIIIe siècle, avec son aristocratie et ses richesses issues de l’exploitation et de l’esclavage, et les tensions qui débouchèrent dans une révolution anti esclavage. Le roman propose une intrigue mélodramatique simple mais développée avec une mécanique implacable, dans laquelle les passions se déchainent et les émotions sont toujours à fleur de peau. C’est n’est peut-être pas un chef d’œuvre de la finesse dramatique, mais ‘The cost of sugar’ est certainement un livre solide, dynamique et très facile à lire, un vrai page turner.

Deux facteurs sont clé dans la capacité du livre à susciter l’intérêt. D’un côté, la crise qui affecte la communauté des esclaves, qui n’en peuvent plus après des années d’exploitation et maltraitances, et qui vont s’organiser autour des communauté noires rebelles qui ont décidé de faire face à l’oppresseur. Et d’un autre côté on trouve le personnage extraordinaire de Sarith, femme capricieuse, enfant gâtée, aristocrate égoïste et superficielle, dont la beauté légendaire risque de devenir plutôt une malédiction pour elle-même. Ce personnage sera au centre de tous les enjeux et rebondissements du côté soap-opéra du roman, nous ouvrant la porte au mélodrame façon sud-américaine.

Certains aspects du roman peuvent sembler datés, notamment du point de vue féministe. Même si les personnages féminins sont riches et plus intéressants que les masculins, une certaine optique patriarcale teint l’ensemble du récit. L’idée que les hommes peuvent être infidèles et cela ne doit pas poser des problèmes, semble un peu trop assumée de la part de l’écrivaine, même si elle ne ménage pas des critiques sur les différences accordées dans les mœurs aux hommes et aux femmes. Par exemple, les infidélités de Rutger seront beaucoup moins jugées et critiquées que celles de Sarith, pas seulement par les personnages du livre, mais par l’écrivaine elle-même. L’idée de la supériorité morale de la femme virtuose est omniprésente, mais ce n’est pas pareil pour l’homme.

A la façon de ‘Downton Abbey’ et d’autres séries classiques de télévision centrées sur les différences de classes, ‘The cost of Sugar’ travaille sur deux strates sociales : La classe supérieur des planteurs et leurs familles aristocratiques, et la caste des esclaves et les problèmes dérivés de leur condition et de leur complexe idiosyncrasie. Même si le point de vue reste colonial et les enjeux de l’intrigue se centrent sur la classe favorisée, le parti pris s’engage du côté des esclaves, mais tout en blanchissant moralement les planteurs gentils, ceux qui ont des esclaves mais les traitent correctement. À la fin du XVIIIe les choses étaient peut-être ainsi mais une certaine justification d’un esclavage modéré, comme dans le classique ‘Autant emporta le vent’ de Margaret Mitchell, pourrait irriter les lecteurs.

Malgré le manque de subtilité et de retenue, c’est quand même un livre intéressant, écrit avec émotion, et tellement bien rythmé qui accroche avec une facilité déconcertante. Totalement recommandable. Si vous devez lire un seul livre de Suriname pour un challenge de lecture de tous les pays du monde, ‘The cost of sugar’ est sans doute le choix idéal.


Citation :

« Un nouvel jour s’est levé. Pour les esclaves, un nouvel jour de labeur éreintant, un nouvel jour dans l’interminable progression des jours dépourvus de la moindre lueur d’espoir. » (Traduction improvisé)

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