(Tierra del fuego, 1956)
Traduction : François Gaudry. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce recueil de nouvelles :
Dans ‘Tierra de Fuego’, la nouvelle qui donne titre à ce recueil, on retrouve deux hommes qui ont échoué leur révolte contre leur patron, un chercheur d’or qui exploitait son équipe avec main de fer au même temps qu’il s’enrichissait. Au bout de leur fuite, les deux hommes se retrouvent isolés en terres de Patagonie, à des kilomètres de la civilisation. Ils prennent refuge dans une grotte, mais lorsqu’une découverte fortuite pourrait les aider à s’en sortir, leur vrai nature se dévoile risquant de mettre le précaire équilibre de leur association en péril.
Les misères de l’homme face à l’isolement des paysages grandioses :
Dans ce recueil de nouvelles écrites par l’auteur chilien, Coloane donne un rôle principal aux paysage austral de la Patagonie chilienne, un terrain hostile, froid et violent, balayé par les vents, qui mettra les hommes face à leur solitude. Dépourvus de la protection de la société, ils dévoileront leur vrai nature et présenteront sans retenue leur côté le plus sombre et brutal. Les récits se déroulent autant dans les montagnes et les glaciers que dans les plages et les mers qui entourent cette région au bout du monde.
De par la composition thématique des récits, c’est un recueil essentiellement masculin, toutes les nouvelles sont protagonisées par des hommes ; les femmes sont presque totalement inexistantes, à peine mentionnées voire pas du tout. Les histoires se déroulent dans la première partie du XXe siècle, et sont protagonisées par de chercheurs d’or, des chasseurs de baleines, de contrebandiers ou de matelots, dans des ambiances où traditionnellement il n’y avait pas des femmes. Coloane ne s’intéresse pas à la vie de famille, ni à l’amour ni aux sentiments en général, et préfère structurer toutes ses nouvelles autour de l’isolement provoqué par une nature grandiose mais terrible.
L’écriture est très simple et dépourvue de fioritures, avec un style assez direct. Souvent Coloane présente les personnages au milieu du récit, et puis petit à petit il apporte les données qui nous font comprendre comment se sont trouvés dans cette situation. Malgré que ce côté masculin décomplexé puisse faire penser à une œuvre datée, la vérité est que ces récits trouvent une originalité et une créativité remarquables grâce au parti pris de faire que les personnages dévoilent leurs vérités face à l’incommensurable décor.
Ma nouvelle favorite est la toute première, celle qui donne titre au recueil, ‘Tierra de fuego’, qui décrypte les mécanismes qui font sombrer les hommes dans l’irrationnel face à la folie de la fièvre de l’or. Mais toutes les nouvelles ont beaucoup d’intérêt, et la qualité littéraire reste assez régulière le long du livre. Également, le recueil est bien relié par son unité thématique et stylistique.
Francisco Coloane né en 1910 en Patagonie d’un père marin et chasseur de baleines et d’une mère qui travaillait dans une exploitation agricole. Marin, journaliste, explorateur, cartographe, éleveur de moutons, Coloane a fait le plein des métiers atypiques, ce qui lui a donné un bagage et une expérience qui a marqué autant sa vie que son œuvre. L’univers marin et la nature hostile sont des sujets présents dans la totalité de ses écrits. Il est principalement connu pour ses merveilleux recueils de nouvelles ‘Cap Horn’ (1941) et ‘Tierra de fuego’ (1956).
Prenant.
Citation :
« Deux cavaliers apparaissent au loin, comme deux points noirs, dans la solitude et la blancheur de la plaine enneigée. Leurs routes convergent et à mesure qu’ils avancent leurs silhouettes se détachent, éveillant en chacun d’eux cette légère appréhension que provoque la rencontre d’un voyageur inconnu en un lieu désert. »








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