(Travesuras de la niña mala, 2006)
Traduction : Albert Bensoussan. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Lima, années 50. Dans une école du quartier bourgeois de Miraflores, l’orphelin Ricardo tombe amoureux de Lily, une jeune chilienne chic qui ne veut pas s’attacher à lui. Plus tard, le rêve de Ricardo d’habiter Paris se concrétise. Devenu traducteur pour les Nations Unies, il recroisera la voie de la jeune femme, qui maintenant se fait appeler Arlette. Ricardo est toujours aussi amoureux, mais la jeune femme lui échappe à nouveau, partant faire la révolution à Cuba. Le long des continents, à Londres, Japon, Madrid ou Afrique, Ricardo continue de croiser le chemin de la ‘vilaine fille’ et de ses différentes itérations, sans jamais réussir à concrétiser une vraie relation avec elle.
Histoire d’amour entre le bon garçon et la vilaine fille :
Des onze romans de Vargas Llosa que j’ai lus jusqu’à présent, ‘Tours et détours de la vilaine fille’ est sans doute le titre le plus accessible et facile à lire de tous, la parfaite porte d’accès pour l’univers du Prix Nobel Péruvien, réputé difficile à lire. Fini le roman expérimental, les dialogues entremêlés, l’exhibition virtuose et les structures enchevêtrées de la première partie de sa carrière, avec le temps Vargas LLosa est devenu un écrivain plus conventionnel, tout en restant un conteur absolument hors pair. C’est un roman magnifique à la fois que très approchable.
La base du roman est clairement autobiographique, car, comme Ricardo, Vargas Llosa vécut à Paris et d’autres villes d’Europe pendant une bonne partie de sa jeunesse. Le personnage est touchant, par la simplicité de ses souhaits et par la solidité de son amour par la ‘vilaine fille’, malgré les milles déceptions qui subit à cause de cet émoi. Mais le vrai atout du roman est le personnage évanescent et fugace de la ‘vilaine fille’ (« la niña mala » dans l’original) : Elle sera toujours entrevue brièvement, de façon souvent indirecte, décrite par ses absences. Addicte au mensonge, la ‘vilaine fille’ est en perpétuelle fuite d’elle-même. Ricardo, le bon garçon, ne sera jamais assez pour elle, car la ‘vilaine fille’ aspire toujours à quelque chose de plus ; quelqu’un plus riche, quelqu’un moins ennuyant, quelqu’un qui, à coup d’argent, puisse lui enlever la chappe de crasse qui porte depuis ses humbles origines.
À partir de la première rencontre au Pérou, qui marquera le début d’un amour inconditionnel de la part de Ricardo, les rencontres s’espacent dans le temps, se déroulant le long de plusieurs décennies et traversant plusieurs continents. Le dilemme s’installe ; Est-ce que Ricardo a une chance que la vilaine fille le regarde un jour avec amour ? Ou est tout voué à l’éternel recommencement des fuites et échecs ?
Dans ce sens le roman me fait penser à ‘Servitude humaine’ de Somerset Maugham, dans lequel l’odieuse Mildred finissait toujours par revenir, avant de fuir à nouveau le dévoué Philip. Comme Philip dans le roman de Maugham, Ricardo sait pertinemment que son amour est toxique, il sait qu’elle ne restera pas, que jamais elle ne l’aimera, et cependant, épris inconditionnellement, il ne pourra pas s’empêcher de tout faire pour elle et de l’aimer contre toute logique rationnelle. La vision de cet amour est assez complexe et j’oserai dire réaliste.
Lily, Arlette, Mme Arnoux, Mrs Richardson, Kuriko, Pérou, Cuba, France, Royaume Uni, Japon, Espagne … À travers toutes ses incarnations et pays, Vargas Llosa profite aussi pour traiter des sujets foisonnants : les relations diplomatiques, la corruption, le SIDA, les conflits latino-américains, la montée du communisme… tout en maintenant au centre de la structure du roman l’histoire d’amour entre le bon garçon et la vilaine fille. Vers la moitié du livre « la niña mala » avait déjà vécu un bon nombre d’identités, je me posais la question de comment Vargas Llosa pouvait faire évoluer la narration, et je dois dire que les rebondissements qui suivirent m’ont semblé extraordinairement pertinents, réalistes et bien ficelés. L’évolution de leur histoire d’amour est riche en émotions.
Magnifique et prenant roman, peut-être pas le plus génial, mais un des plus accessibles du Prix Nobel Péruvien.
Citation :
« L’argent te donne la sécurité, te défend, te permet de jouir à fond de la vie sans te soucier du lendemain. Le seul bonheur qu’on puisse toucher. »








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