(Un mundo para Julius, 1970)
Traduction : Albert Bensoussan. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Lima, années 50. Grandissant dans une famille de la haute société, l’enfant Julius doit composer avec l’absence de son père, de sa gouvernante et de sa sœur ainée, décédés de façon presque successive. Sa mère essaie tan bien que mal de le combler d’amour pour qu’il puisse faire le deuil et dépasser ces évènements tragiques qui ont marqué son enfance. Avec l’idée d’aller de l’avant, elle finit pour marier, Juan Lucas, un oncle de la famille. L’argent qui coule à flots devrait garder la famille à l’abri de toute préoccupation mais les choses ne sont pas si simples.
Radiographie de la haute société Limeña :
Malgré que Julius pourrait sembler le personnage principal, ‘Un monde pour Julius’ est un roman choral, qui propose une radiographie de la haute bourgeoisie péruvienne et l’ambiance frivole dans lequel évolue. Extrêmement riches et privilégiés, entourés de beaucoup de personnel à leur service, tous les membres de la famille vivent dans un univers vain de Mercedes, clubs de Golf, cocktails, réceptions et soirées mondaines dans lequel tout leur serait permis. Il y a des chances que le lecteur n’aime aucun personnage, et déteste en particulier les frères ainés de Julius, véritables têtes à claques pourris-gâtes et abjectes, qui méprisent tous ceux qui n’appartiennent pas à leur classe.
Sans doute quelque part autobiographique, Bryce Echenique expose ici sa vision cynique et décharné d’un monde qui connait bien, car il est né dedans. Sur un ton presque documentaire, détaché et distant, mais baigné dans un fin sarcasme, l’écrivain met en scène des moments quotidiens de la vie de la famille et du personnel qui y est attaché à leur maison. Au fond de l’histoire sous-tend le classisme absolu des personnages principaux, caché derrière leur oisiveté superficielle. La seule exception sera l’enfant Julius, qui se trouve plus à l’aise avec la spontanéité des classes moins favorisés, notamment avec les serviteurs et employés divers de la famille. Son regard avance la critique de l’injustice flagrante des rapports entre classes sociales. Avec un mécanisme narratif subtile mais assez élaborée, qui fait sans doute la renommée de l’œuvre,
Bryce Echenique présente une narration à la troisième personne, mais qui agit comme si c’était une première personne. Le narrateur se permet souvent des commentaires ironiques (Certains personnages seront systématiquement accompagnés des adjectifs comme ‘immonde’ ou ‘horrible’, presque comme s’ils étaient des caractéristiques objectives) et même réfléchit parfois presque en stream of consciousness (flux de la pensée), débitant autant ce qui se passe vraiment, comme les sensations subjectives d’un témoin hypothétique. C’est à travers ce procédé assez unique que l’ironie et la finesse du texte prennent toute son ampleur. Malgré la tendresse avec laquelle les personnages sont abordés, il y a peu de doutes que le narrateur les trouve tous, sauf le solitaire Julius, moralement misérables.
Le roman est certainement original, intéressant et bien ficelé, mais il y a quelques lenteurs, notamment un gros creux vers le milieu du livre, lorsque la narration se centre sur quelques fêtes mondaines et la famille disparaît pour céder l’avant de la scène à d’autres personnages de la haute bourgeoisie. À la façon d’un Proust Péruvien, Bryce Echenique pose un regard acéré sur ces soirées futiles et les vaines ambitions des personnages qui assistent, mais il y a fortes chances que le lecteur lambda n’adhère pas au récit sur le long terme.
Personnellement je suis un peu mitigé par rapport au résultat, malgré que le roman soit régulièrement élu comme un des meilleurs romans péruviens de tout le temps, voir le meilleur, n’en déplaise à Vargas Llosa, par ailleurs très fan de ‘Un monde pour Julius’. C’est sans doute un très bon livre, mais je n’en suis pas sûr de partager ces avis dithyrambiques .
Citations :
« Juan Lucas commença à se divertir tout en admirant à quel point Susan pouvait être hypocrite. Elle savait tellement bien leur adresser la parole, même s’intéressant à leurs problèmes quotidiens, elle savait tellement bien toucher toujours des sujets profonds sans sentir rien de plus que la chaleur de dehors. »
« Et, au moment où Santiago lui sourit avec le regard absent, Bobby lui retourna le sourire, ils élargirent leurs sourires en tournant pour se diriger chacun dans sa voiture, ils se regardèrent encore un instant, ainsi absents, pendant qu’ils se retournaient, une seconde leur suffit pour qu’ils signèrent un éternel pacte d’absence : Les deux étaient l’héritier d’une immense fortune. » (Traductions improvisées)








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