(The sheltering sky, 1949)
Traduction : Henri Robillot et Simone Martin-Chauffier. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Peu après la deuxième guerre mondiale, Kit et Port, un couple d’américains riches et désœuvrés, partent dans un périple qui leur mènera du nord de l’Algérie jusqu’aux confins du Sahara. Le voyage représentera une sorte de fuite en avant pour ce couple qui bat de l’aile.
Américains en Afrique en quête d’eux-mêmes :
Le regard de ces américains snobs, qui se considèrent voyageurs plutôt que touristes, se pose avec mépris sur ce qui leur entoure. Cette Algérie pauvre et sale, semble seulement peuplée par la maladie et la misère. Mais bizarrement, dans cette Afrique hostile et inconnue, ils se trouvent finalement à l’aise, comme s’ils étaient arrivés à la fin d’un voyage au bout d’eux-mêmes.
Kit et Port sont en plein questionnement de leurs existences, en quête d’un but ultime qui donne du sens à leur vie. Seulement ici, dans cette contrée si éloignée de leurs habitudes et leur univers, ils pourraient se trouver sous un ciel qui les protège et les apaise. C’est un peu l’idée du titre originale, ‘The Sheltering Sky’ (Le ciel protecteur), traduit de façon improbable comme ‘Un thé au Sahara’, un titre qui, autre la suggestion exotique, ne correspond vraiment à rien.
Les personnages sont profonds et contrastés : Port est un artiste blasé, un peu sur le retour de tout, tandis que Kit a un regard plus optimiste mais toujours hésitant. Incapable de prendre décisions, elle est remplie de contradictions. Le couple sera accompagné de Tunner, un homme mondain et superficiel, qui va accentuer les différences entre le couple lorsqu’il s’approchera de Kit. Ce triangle amoureux étrange, croisera la route de quelques expatriés excentriques, qui ont des obscures destinations dans cet endroit un peu à l’écart du monde.
Magnifique roman existentialiste avec une certaine atmosphère oppressante, mais qui est relativement facile à lire, portée par une narration plutôt simple et directe. Le récit n’est pas lourd de contenu philosophique, il y a seulement un certain regard méprisant sur la population Africaine, qui pourrait éventuellement interloquer certains lecteurs. Ce point de vue post-colonialiste est un considérable hic dans un roman qui est par ailleurs formidable et originale.
Le livre fut adapté au cinéma par Bernardo Bertolucci avec John Malkovich et Debra Winger dans les rôles principaux, dans un excellent film où la sublime photographie de Vittorio Storaro et l’envoutant score de Ryuichi Sakamoto brillaient au sommet de leur art. Paul Bowles lui-même fait un petit cameo vers la fin du film.
Citation :
« Nous n’avons jamais trouvé le moyen de pénétrer vraiment dans l’existence. Nous avons beau faire, nous nous tenons en équilibre, à la surface, et nous sommes convaincus que la prochaine secousse nous jettera dehors. »








0 Comments