Littérature des 5 continents : AmériqueÉtats-Unis

Un tramway nommé Désir

Tennessee Williams

(A streetcar named Desire, 1947)
Traduction : Paule de Beaumont, Jacques Guicharnaud.   Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte cette pièce de théâtre :

Un quartier populaire de la Nouvelle-Orléans. Stella héberge pour quelque temps sa sœur Blanche DuBois, une femme bourgeoise qui traverse une étape difficile. Mais la présence de Blanche provoquera des conflits permanents avec Stanley Kowalski, le mari de Stella, un ouvrier d’origine polonaise, vulgaire et sanguin, qui n’hésite pas à rentrer dans la confrontation avec sa belle-sœur. Stanley suspecte Blanche d’être moins innocente qu’elle ne paraît, sous ses airs de grande dame distinguée. Stella, enceinte de plusieurs mois, essaie tan bien que mal de garder l’équilibre de la maison entre son impulsif mari et sa sœur mythomane.

Air contre terre dans un drame de haute voltige :

‘Un tramway nommé désir’ est un des œuvres les plus connues de son auteur et sans doute une des plus marquantes, par ses personnages contrastés, ses émotions bouillonnantes et ses pulsions incontrôlables. La pièce s’inspire partiellement de certains éléments autobiographiques de la vie de Williams, notamment la santé mentale fragile de sa sœur, qui était déjà la source d’inspiration du personnage de Laura dans ‘La ménagerie de verre’, et qu’ici sera l’enjeu principal du personnage de Blanche DuBois, et de sa confusion entre l’illusion et la réalité. Dans la maison des Kowalsi, la présence de cette dame apparemment distinguée mais qui cache quelques secrets, va entrainer une ambiance tendue et délétère, propice à l’exacerbation passionnel. C’est un drame de haute voltige absolument irrésistible qui décerna le prestigieux prix Pulitzer en 1948.

Blanche DuBois, personnage iconique crée par la plume de Tennessee Williams, est sans doute un des femmes le plus fascinantes du théâtre américain de tous les temps. Cette dame d’extraction bourgeoise, apparemment naïve et sensible mais un peu mythomane, navigue en permanence entre la lumière apaisante du rêve et les ombres intolérables de la réalité. Blanche se situe toujours à la frontière du monde tangible, à la recherche d’un univers d’illusion, affranchi de cette saleté qui la hante. Difficile de dire jusqu’à quel point elle est consciente de ses propres délires, ou si elle les croit au fur et à mesure qu’elle invente sa réalité pour l’accommoder à ses rêves.

Le long de la pièce, Williams va nous fournir les clés du passé de Blanche, qui vont permettre de comprendre ce personnage complexe. N’empêche, la meilleure description de Blanche DuBois, la fait elle-même dans la pièce : « Je vous ai dit ce que je désire. De la magie ! Oui, oui, de la magie ! C’est ce que j’essaie de donner aux autres. Je présente les choses autrement que ce qu’elles sont. Je ne dis pas la vérité. Je dis ce qui aurait dû être la vérité. Et si c’est un péché, j’accepte volontiers d’être damnée ! »

Mais, pour Stanley Kowalski, un homme basique, ordinaire, tempéramental et violent, Blanche est juste une femme à problèmes, une complication insoluble, une mystificatrice qu’il faut faire démasquer le plus vite possible. Sur de ses certitudes, il refuse d’accepter les fabulations improbables de cette dame singulière, qui parasitent le foyer sécurisant qu’il a construit avec Stella. Humilié par les constantes remarques de Blanche sur sa vulgarité et son manque d’éducation, Kowalski a besoin de venger sa classe. Le drame est donc servi par ce contraste détonant entre le monde aérien et féerique de Blanche et l’univers terrien et animal de Kowalski.

Le succès de sa première pièce ‘La ménagerie de verre’ à Chicago en 1944 puis à New York en 1945, permit à Williams de continuer sa carrière de dramaturge, qui se confirma deux ans plus tard avec ‘Un tramway nommé Désir’, mise en scène par Elia Kazan avec un jeune Marlon Brando dans le rôle principal. Quatre années plus tard, en 1951, le propre Kazan réalisa l’adaptation cinématographique, avec Marlon Brando reprenant le rôle qui l’avait révélé au théâtre. Le film fut un succès retentissant, couronné de plusieurs Oscar de Hollywood, dont meilleure actrice pour Vivien Leigh (inoubliable Blanche DuBois), meilleur acteur secondaire pour Karl Maden (Mitch), et meilleure actrice secondaire pour Kim Hunter (Stella). Malgré être le seul acteur principal reparti sans la statuette, Marlon Brando devint presque du jour à lendemain, une des plus grandes stars internationales de tous les temps.

Après ce succès, Tennessee Williams continua avec tout un ensemble de inoubliables pièces de théâtre : ‘La Rose tatouée’ (1950), ‘La Chatte sur un toit brûlant’ (1955), ‘Soudain l’été dernier’ (1958), ‘Doux Oiseau de la jeunesse’ (1959), ‘La Nuit de l’iguane’ (1961). Magnifiques études sur le côté sombre du rêve américain, mettant la lumière sur des personnages solitaires et désemparés, incapables de s’adapter à la société ou à son entourage, losers sans rédemption possible.


Citation :

« Whoever you are, I’ve always depended on the kindness of strangers. » (« Qui que vous soyez … J’ai toujours été à la merci d’inconnus »)

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