(Um colpo de cólera, 1978)
Traduction : Alice Raillard. Langue d’origine : Portugais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte cette novella :
Un couple fait l’amour passionnément. Le matin, alors que son amant s’apprête à partir, l’homme gronde la femme de ménage au sujet de la présence des fourmis dans le jardin. Son amante, témoin de la scène, l’interpelle sur sa façon un peu brusque de traiter le service et il s’en suit une violente discussion.
Sexe puis colère :
Cette courte mais fabuleuse novella se structure autour de 7 chapitres, tous narrés à la première personne par le protagoniste masculin de l’histoire, en une seule phrase sans aucun point. Les dialogues son enchâssés avec des guillemets et Nassar utilise le point-virgule et les signes d’exclamation pour séparer la narration un minimum, évitant ainsi que l’apnée littéraire soit trop indigeste. C’est quand même un parti pris fort mais pertinent au vu du contenu narratif.
L’homme, propriétaire de la maison, déploie sa narration le long de cinq courts chapitres qui couvrent la séduction, la nuit torride, et la douche au réveil. Un sixième chapitre plus long est dédié à la discussion, qui commence par un très simple incident avec la femme de ménage, et monte petit à petit jusqu’à terminer dans un crescendo assez violent et perturbateur, où tout le miel des premiers chapitres est vomi sous forme de fiel. C’est âpre, sombre et plein de désespoir. À travers ce couple qui se déchire, Nassar décrypte l’amour et la passion avec autant d’amertume que de précision. Sans spoiler, le dernier chapitre s’ouvre sur un changement de narrateur, proposant une nouvelle perspective sur la narration.
Pour certains lecteurs cela peut être glauque en tant que radiographie d’un couple qui se déchire, et d’autres lecteurs peuvent trouver que le parti pris littéraire de narrer le tout torrentiellement dans une seule phrase est une velléité prétentieuse de la part de l’écrivain. Personnellement, même si je ne suis pas un adepte de le stream of consciousness, j’ai trouvé que la technique était très justifiée et que le récit se tenait merveilleusement bien. ‘Un verre de colère’ est une œuvre audace, violente, créative, et rageusement unique.
Aussi brutal que brillant.
Raduan Nassar publie quelques nouvelles et deux courts romans, ‘La Maison de mémoire’ (1975) et ‘Un verre de colère’ (1978), qui passent relativement inaperçus. Par la suite il renonce à l’écriture, se réfugiant dans la tranquillité de sa petite exploitation agricole. Mais ces novellas commencent à circuler dans l’ambiance universitaire et à entrainer l’intérêt du publique brésilien et même international. Depuis, sa réputation n’a depuis jamais cessé de s’accroitre, portée principalement par sa prose décharnée et poétique.
Citation :
« Je la connaissais bien : elle n’était pas de celles qui parlent et s’en vont ; au contraire, elle était de celles qui piquent avec son dard avec l’attente avide de s’emporter un bon coup de matraque. »








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