(A Prayer for Owen Meany, 1989)
Traduction : Michel Lebrun. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
John Wheelwright raconte sa jeunesse dans une petite ville dans le New Hampshire. Parmi tous les faits principaux de sa vie (Ses années au collège, ses premiers amours, son père absent, la guerre du Vietnam), John reviendra inlassablement sur son amitié inébranlable avec un personnage singulier : Owen Meany. Owen est un jeune homme de très petite taille à la voix particulière qui, absolument convaincu d’être l’instrument de la volonté de Dieu, se voit prédestiné à un destin héroïque.
Le côté miraculeux de la vie :
À travers l’histoire d’Owen Meany, narrée à la première personne par son ami John Wheelright, Irving réfléchit sur la prédestination, la foi, et la spiritualité, centrant le sujet sur le côté miraculeux de la vie. Une aura nostalgique teint tout le récit car John, depuis le Canada, évoque sa jeunesse et son amitié avec Owen, avec une émouvante mélancolie. Comme reconnu par lui-même, Irving s’en était inspiré du roman ‘Le tambour’ de l’allemand Gunter Grass, avec lequel il garde quelques similarités.
La structure de ce livre est légèrement différente à d’autres de son auteur, dans le sens où il converge vers un dernier chapitre où tout le reste du roman prend du sens. Le récit se déroule principalement sur trois lignes de temps : Le présent dans lequel John remémore ; le passé avec la jeunesse de John et son amitié avec Owen ; puis un troisième temps entre les deux dont je ne peux rien évoquer sans spoiler. Pas d’inquiétude ici, mais je conseille éviter le net car certaines critiques n’hésitent pas à dévoiler à demi-mots les enjeux de l’histoire. Ces trois parties conforment petit à petit le puzzle du roman, et toutes les pièces ne prendront pas du sens que dans le dernier tableau.
Owen est un personnage vraiment inoubliable, déjà par son physique petit et frêle, son intelligence remarquable, et sa voix particulière aux tons aigus et stridents (Tous ses dialogues sont systématiquement écrits en MAJUSCULES), mais surtout par cette aura messianique et cette mission spirituel dont il est imbu. Owen a une vision de lui-même et de sa destinée héroïque, qui assume totalement, et décide de vivre à la hauteur de cette prédestination. Ce petit Christ des temps modernes est incroyablement touchant. Toutes les interactions de ce personnage sont teintes d’un humanisme remarquable, qui nous rappelle les meilleurs personnages crées de l’auteur, comme le Docteur Larch dans ‘L’œuvre de Dieu, la part du diable’, ou Roberta Muldoon dans ‘Le monde selon Garp’.
Autre la grâce et la lumière qui accompagnent le personnage d’Owen Meany, le roman touche une multitude de sujets, comme l’absurde de la guerre du Vietnam et de toute cette génération sacrifiée. Cela fait partie de la critique sociale qu’Irving développe en nous montrant l’envers de l’american dream. Comme d’habitude l’auteur propose quelques-uns de ses thèmes favoris : La prostitution, l’accident mortel, l’absence de père. Ces thématiques reviennent inlassablement dans son œuvre d’une façon ou d’une autre, formant un ensemble cohérent, foisonnant et unique.
‘Une prière pour Owen Meany’ est une œuvre majeure de son auteur, peut-être un peu moins extravagante et loufoque qu’à son habitude, mais quand même remplie des excentricités de l’écrivain. Pour beaucoup ce serait son meilleur roman, et sans doute la lecture est très émouvante, mais personnellement je trouve que la plupart des qualités du récit se centrent dans le dernier tiers, produisant un léger déséquilibre. C’est quand même un merveilleux roman, très bonne option comme à premier Irving si vous ne connaissez pas encore cet écrivain unique.
Citation :
« Si je suis condamné à me souvenir d’un garçon à la voix déglinguée, ce n’est ni à cause de sa voix, ni parce qu’il fut l’être le plus petit que j’ai jamais connu, ni même parce qu’il fut l’instrument de la mort de ma mère. C’est à lui que je dois de croire en Dieu ; si je suis chrétien, c’est grâce à Owen Meany. »








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