Littérature des 5 continents : AmériqueÉtats-Unis

Une veuve de papier

John Irving

(A Widow for One Year, 1998)
Traduction :  Josée Kamoun.   Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Nouvelle Angleterre, été 1958. Ted, écrivain reconnu, et sa femme Marion, forment un couple en crise, meurtries par la mort tragique des deux enfants ainés. Marion, déprimée et incapable de réagir, n’arrive pas à faire face à la fille plus petite, Ruth. Ted prévoit faire réagir sa femme et entreprend de faire que Eddy, son assistant, la séduise et devienne son amant.

32 ans plus tard, Ruth est devenue aussi une écrivaine connue. Lors d’un voyage à Amsterdam pour faire des recherches dans le milieu de la prostitution, elle fait une rencontre qui la mettra face à ce passé qu’elle fuit.

Père tourmenté, mère meurtrie, fille délaissée et amant dérouté :

Structuré sur trois parties distinctes, le livre se centre principalement sur quatre personnages et permet d’explorer les sujets du deuil, de l’attachement et de l’abandon, et les liens entre eux. Dans la première partie on trouve le couple Ted/Marion au plus bas, incapables de dépasser les évènements tragiques qui ont marqué la famille. Mais au-delà de la déroute de Ted et de la dépression de Marion, c’est la petite Ruth qui, à quatre ans, va payer peut-être le prix le plus fort. Comment s’attacher à un enfant si on a peur de le perdre aussi ? L’abandon sera la conséquence du deuil et de la peur de perdre ce qu’on aime.

Le jeune Eddy, 17 ans, happé par la beauté et le mystère de Marion, sera une deuxième victime collatérale de ce drame en plusieurs actes. Poussé à devenir l’amant d’une femme qui a perdu la capacité à s’attacher, ses plaies vont aussi rester sans cicatriser.

Comme d’habitude Irving propose la panoplie complète de ses thèmes favoris : La prostitution, les relations sexuelles hors-norme, l’accident mortel, l’écriture, l’absence de parent, le rapport entre femme adulte et jeune homme. Tous ces thématiques reviennent inlassablement dans son œuvre d’une façon ou d’une autre, formant un ensemble cohérent, foisonnant et unique.

Avec le style tragicomique et le côté grand-guignolesque de la narration, ‘Une veuve de papier’ serait un Irving presque ‘classique’, mais, sans spoiler, la troisième partie du livre et son dénouement un peu convenu ne semblent pas à la hauteur de la promesse initiale. Du coup tout l’ensemble fait un peu long et presque un peu banale, vu rétrospectivement. Ce livre fait un peu débat chez les propres fans de l’écrivain. Pour certains lecteurs il serait une de ses œuvres majeures, pour d’autres, comme moi, il serait un très bon livre mais sans doute mineur. À vous de vous prononcer mais, dans tous les cas, la qualité est là et le livre se lit aisément malgré sa taille démesurée.


Citation :

« Ce qui alimenta sans doute son imagination, c’est que, dans cette maison où elle grandit, les photos des frères morts furent une présence plus forte que toute présence qu’elle sentait chez son père ou sa mère ; en outre, après que sa mère les abandonna, elle et son père, en emportant presque tous les clichés de de ses fils perdus, elle se demanda pourquoi son père laissait les crochets des dites photos au mur. Ces crochets nus eurent leur part de sa vocation d’écrivain : des années après la disparition de sa mère, elle essayait encore de se rappeler quelle photo pendait à quel crochet. Et devant l’échec de sa mémoire à lui restituer les photos des disparus, elle se mit à inventer tous les instants capturés de leur courte vie qu’elle avait manquée. »

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