(Vida que olvida, 2002)
Traduction : Pas connue. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Bogotá, 1885. L’avocat Pedro Regalado, petit blond aux yeux bleus, se marie avec Antonia, une grande et belle métisse originaire de Carthagène. Malgré l’amour et la passion qui les relie, cette union mixte est très critiquée par l’entourage de Pedro. Devant l’instabilité de la région et de l’intolérance vis-à-vis la mixité de leur couple, les Regalado décident de s’installer à Colon, au Panama, alors une région de la Colombie. Dans cette ville fleurissante, à côté de l’entrée Atlantique du canal, le couple trouve un accueil plus ouvert et commencent à réfléchir aux futurs enfants.
Pedro, patriote Colombien, voit d’un mauvais œil autant la prise de contrôle du canal par les États-Unis comme les efforts du Panama pour acquérir son indépendance de la Colombie. Mais c’est trop tard pour retourner, d’autant qu’après des milliers de tentatives, Antonia est enfin enceinte.
Saga familiale sous fond de l’indépendance du Panama :
Très belle surprise ce roman magnifique, qui malheureusement, à ma connaissance et à l’heure d’écrire ce billet (2025), n’a pas trouvé traduction française. C’est une saga familiale sur deux générations, qui se structure autour de la vie de Pedro Regalado, de sa femme Antonia et de ses enfants, pendant les décennies avant et après l’indépendance du Panama. Le contexte historique s’immisce inlassablement dans l’histoire, jusqu’à devenir fondamental pour la comprendre. Même si le roman fournit les clés pour comprendre l’essentiel, c’est intéressant de se documenter sur l’époque.
Parenthèse historique : À la fin du XIXe siècle, le Panama est alors un département de la Colombie, et les ingénieurs français sont en train de tracer le canal qui devrait relier l’Atlantique avec le Pacifique. Les guerres et l’instabilité dans la région font naître un fort sentiment d’identité au Panama, qui aspire à se séparer de la Colombie. En parallèle la construction du canal fait faillite en 1889, débouchant dans la cession et vente du canal aux États-Unis. Les américains vont s’ériger en figure tutélaire, pas seulement du canal mais du propre processus d’émancipation du Panama, que la Colombie sera obligée d’accepter en rechignant, sous la menace de la flotte américaine. En 1903 le Panama devient donc un pays indépendant, sous le protectorat des États-Unis.
Le dilemme de Pedro est un des axes principaux du roman. Son patriotisme colombien est très exacerbé et lui empêche d’accepter la nouvelle réalité qui se dessine avec les aspirations du Panama de se séparer de la Colombie. Mais d’un autre côté le Panama est l’endroit où lui et son épouse ont pu faire leur vie, loin de l’intolérance colombienne. Si Pedro sombre souvent dans des lubies et excès patriotiques, sa femme Antonia ne voit pas les choses sous la même optique, car elle a trouvé au Panama le respect qui lui manquait. La pensée et les émotions d’Antonia sont toujours évoqués indirectement, mais derrière ses airs de femme effacée, un personnage merveilleux et fort se dessine.
L’équilibre entre le couple et les évènements historiques au Panama, vont vertébrer la première partie du roman et soutenir son déroulement narratif. Ce couple disparate mais solide est narré avec sensibilité et réalisme, et ce n’est que dans la deuxième partie où ses enfants vont devenir les protagonistes de la narration. Au fur et à mesure que le Panama avance en tant que nouveau pays, l’étoile de Pedro Regalado et son rêve d’une Colombie unifiée s’écroulent, et ce sera aux enfants de vivre la nouvelle réalité. La deuxième génération propose à leur tour des personnages fascinants, surtout l’ainée, Martina, aussi négligée par son père qu’incomprise par son entourage.
Avec un style narratif plutôt flamboyant, où s’empilent les évènements loufoques et les personnages hauts-en-couleur, Arroyo s’approcherait du réalisme magique, remplaçant le magique par le singulier. Comme chez García Márquez ou Isabel Allende, la façon de développer les péripéties de la famille naît toujours du caractère extraordinaire de ses personnages.
Le roman idéal pour cocher la case Panama dans un challenge around the world, tant que vous lisez en espagnol. Magnifique découverte.
Citation :
« (…) quand il senti la puanteur de la pauvreté et commença à se battre pour sortir d’elle, il agaçait sa femme en lui disant qu’il était arrivé à la conclusion que seulement l’argent produit la dignité, que toutes le reste n’est que des raisonnements pour justifier l’existence et trouver du sens aux privations. Que pour les pauvres était très outil Dieu et son armée de saints, pour les distraire de leur condition. Et comme la plupart de pauvres ne savent pas qu’ils sont pauvres – insistait-il à une Antonia qui se couvrait déjà les oreilles – ils affrontaient leurs pénuries dans un état d’ensommeillement, d’ivresse nourrie par des rêves de loterie. » (Traduction improvisée)








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