(A view from the bridge, 1955)
Traduction : Marcel Aymé. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte cette pièce de théâtre :
Quartier des docks, Brooklyn, années 50. Dans ce milieu peuplé par des immigrés italiens, on retrouve Eddie, sa femme Beatrice, et leur nièce Catherine, jeune orpheline qui habite avec eux depuis l’enfance. Eddie s’apprête à accueillir deux cousins de la femme, Marco et Rodolfo, immigrés clandestins qui viennent de débarquer d’Italie, où ils vivaient dans la misère. Les deux travaillent dur, le jeune et blond Rodolfo envisage de rester aux US, tandis que Marco aspire à gagner un peu d’argent pour retourner au pays où sa femme et ses trois enfants l’attendent. Quand Catherine devient amoureuse de Rodolfo, son oncle Eddie n’apprécie guère la situation, dominé par la jalousie.
Tragédie dans les docks :
Cette œuvre aux accents tragiques met en scène les thèmes de la situation sociale de l’immigration, les liens de famille, le sexisme et l’inceste. Une lecture pourrait se centrer sur les difficultés des adultes à réaliser que les enfants deviennent grands, donc capables de prendre leurs propres décisions et assumer leurs erreurs. Plusieurs discours moraux traversent la pièce, sans que jamais l’écrivain prenne aucune partie, voulant clairement se centrer sur le drame individuel des personnages, notamment la descente aux enfers d’Eddie, empêtré de plus en plus dans une voie sans issue, à cause d’une passion interdite qu’il n’ose même pas s’avouer à lui-même.
Un air de tragédie grecque parcourt le roman, qui a même son propre chœur dans la figure d’Alfieri, narrateur et personnage secondaire de la pièce, qui sert de commentaire extérieur. En réalité il ne rajoute rien de vraiment primordial, mais permet de créer un lien fluide entre les scènes, tout en accentuant le côté irréversible du drame qui est en train de se déployer.
J’ai lu cette pièce deux fois, dans mes 20 et puis dans mes 50 ans, et je l’ai toujours beaucoup aimé, mais ce n’est qu’en assistant (ce soir même) à une merveilleuse représentation professionnelle, que j’ai bien saisi la psychologie des personnages d’Eddie, de sa femme Beatrice et de leur nièce Catherine. Dans les dialogues le matériel dramatique était là, mais beaucoup de nuances étaient laissées à l’imagination du lecteur. C’est en voyant la pièce comme spectateur et non plus comme lecteur, que j’ai compris comment le sous-texte était mis en forme, et à quelle point la pièce est bien ficelée d’un point de vue dramatique.
C’est sombre, triste et tragique mais c’est une œuvre d’une grande beauté, un classique du théâtre américain des années 50, l’époque des meilleures œuvres du grand Tennessee Williams, avec qui Arthur Miller a quelques points de connexion, surtout par la sensibilité avec laquelle les deux dramaturges abordent le développement dramatique.
Citation :
« Quand tu n’as pas de femme, tu as des rêves »








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