(Washington Square, 1880)
Traduction : Claude Bonnafont. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Ingénue et pas très gracieuse, Catherine Sloper est la jeune fille du veuf, riche et réputé Dr Sloper, et tous les deux vivent dans une grande maison bourgeoise avec la tante de Catherine. La jeune fille est l’héritière d’une considérable fortune de famille, ce qui, selon le despotique docteur pourrait attirer des séducteurs chasseurs de dots. Lorsqu’elle tombe amoureuse du beau Morris Townsend, les alarmes du Dr Sloper virent au rouge, et les choses se précipitent quand Morris propose Catherine en mariage. Incapable de croire au charme de sa fille, il est persuadé que le jeune Townsend s’intéresse à Catherine seulement pour l’argent.
Amour, argent et père méprisant :
Ce roman brillant appartient à la première étape littéraire de Henry James, en général considérée comme plus accessible, ce qui est bien le cas ici. ‘Washington Square’ est probablement un des romans le plus approchables de l’auteur, et serait peut-être idéal pour un premier contact. Même si le roman s’inspire d’un fait réel que lui avait été raconté, il semble aussi se décliner du chef d’œuvre de Balzac ‘Eugenie Grandet’, publié peu avant. À l’époque James était un grand admirateur de Balzac et de sa façon réaliste d’écrire, même si pour la suite James évolua plutôt vers un roman plus opaque et psychologique.
Le lien entre l’amour et l’argent est bien sûr un des thèmes évoqués, mais le sujet central de l’œuvre est cette complexe relation entre un père jaloux de tout homme qui pourrait approcher sa fille, et une fille tellement effacée et soumise à son père qui aura du mal à affirmer la moindre de ses volontés. La figure de la tante, une femme romantique et un peu superficielle qui se trouve au milieu, doit temporiser entre le souhait d’indépendance de Catherine et la dictature de son frère le docteur. Car le docteur Sloper est un parfait tyran qui décide tout d’une main de fer et qui, depuis sa naissance (voir citation plus bas), traite sa fille avec excessive autorité, froideur et mépris.
Ce contraste entre le père rude et sec et la fille naïve et timide est donc l’axe central du roman. Catherine a toujours obéi son père, mais lorsque le Dr Sloper exige à sa fille d’éconduire ce prétendant gênant, la tension entre les deux caractères devient insoutenable. C’est peut-être l’humiliation de trop. Entre ses deux hommes, père et prétendant, pourrait-Catherine exister par elle-même et prendre ses propres décisions ?
Ce roman relativement court et assez entertaining est une belle étude du mécanisme subtil du harcèlement psychologique exercé sur la femme soumise, souvent trop faible pour répondre, désarmée par des années de docilité. Critique d’une forme de patriarcat désuète et cruel, ‘Washington Square’ est une œuvre féministe et profonde, écrite avec classe et élégance.
Citation :
« Deux ans plus tard, Mrs Sloper avait donné le jour à un autre enfant – enfant d’un sexe qui faisait de la pauvre créature une piètre compensation pour la perte du premier-né tant regretté et dont le père s’était juré de faire un homme accompli. La petite fille qui naquit fut donc une déception ; mais le pire était encore à venir. »








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