Littérature des 5 continents : AsiePhilippines
Littérature Asie Philippines Carlos Bulosan America is in the heart

America is in the heart

Carlos Bulosan

(America is in the heart, 1946)
Traduction :   Pas connue.   Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman autobiographique :

Bulosan nous offre unes mémoires très détaillées, en commençant au début du XXe siècle, par son enfance en Philippines, dans une famille de paysans très pauvre. Le père travaille la terre avec les enfants plus grands, tandis que la mère reste à Binalonan avec les enfants plus jeunes. Ils travaillent dur pour pouvoir envoyer un des frères, Macario, à l’école. Mais, suite à plusieurs mésaventures, la situation devient économiquement insoutenable pour la famille, qui petit à petit semble s’éclater. Les philippines étant à l’époque sous tutelle américaine, Carlos se trouvera immigrant aux États-Unis. Mais dans un pays en pleine dépression et avec des tensions raciales croissantes, ce sera très difficile pour un jeune philippin de s’en sortir.

Les raisins de la colère de l’immigration philippine :

Décrit comme un roman partiellement autobiographique, on se demande si le ‘partiellement’ est nécessaire, car le récit semble se baser absolument sur sa vie tel quelle, avec sa version des faits réels dont il a été témoin. C’est un livre très touchant car il ne ménage pas les épreuves et les souffrances qui ont accompagné son parcours dès le début jusqu’au moment de l’écriture du livre.

Pionnier dans le témoignage de l’immigration aux états unis entre les années 30 et 40 de notre époque, c’est un livre fort et unique qui nous permet de comprendre la situation de immigrants philippins, souvent assimilés avec le bétail. Des affiches “Dogs and Filipinos not allowed” existaient alors aux US. C’est dur et écœurant, nettement quand on sait que c’est un récit autobiographique et qu’il ne semble pas du tout exagéré. Le livre est très relié avec ‘Les raisins de la colère’ de John Steinbeck, en nous offrant une autre face de la monnaie, encore plus triste, avec le rajout du racisme et la cruauté contre des personnes d’origine asiatique.

Plusieurs fois dans le livre l’auteur se demande le pourquoi de ses actes barbares, sans jamais trouver de réponse. Le côté sombre de l’être humain est très présent dans le livre. Malgré tout, le personnage principal, après les déceptions et contre toute attente, arrive toujours à trouver la lumière quelque part, et se réconcilie avec une certaine idée de l’Amérique, seulement pour être déçu à nouveau, et relancer le cycle d’espoir et désespoir. Mais jusqu’à quand ?

Car le livre enchaine d’une façon cyclique toute sa vie, et tous ses voyages à travers le côté est des États-Unis, ses milles rencontres et tribulations. Une vie remplie des moments difficiles et des angoisses terribles : Travail mal payé sous des conditions déplorables, esclavage à peine dissimulé, maltraitances et violences diverses. Telle est le quotidien du protagoniste, que petit à petit va essayer de fédérer des mouvements de travailleurs, plus ou moins reliés à la mouvance communiste de l’époque, ce qui lui attirera encore plus des ennuis dans des nouveaux cycles descendants.

Comme à témoignage, c’est fascinant, comme à littérature est souvent redondant et par moments trop survolé. On passe d’une ville à une autre et d’un évènement à un autre beaucoup trop vite. Parfois on présente un personnage important pour le faire mourir deux pages après. Il y a beaucoup trop des choses (toute sa vie !) et donc certains passages sont un peu trop schématisés. On aimerait moins d’évènements mais plus développés et travaillés littérairement.

Mais c’est un très beau livre malgré tout cela. La lumière qui se cache dans les ombres qui remplissent le roman, l’éclaire d’un espoir très émouvant. Comme si l’amertume ouvrait la porte à la promesse des meilleurs jours. Malheureusement, Bulosan publia très peu des œuvres de son vivant, ne retourna jamais aux Philippines, et finit ses jours seul, avec des problèmes pulmonaires à répétition, dans un état avancé de malnutrition, et en proie à l’alcoolisme. L’œuvre de Bulosan fut oublié jusqu’à qu’un groupe de jeunes américains d’origine asiatique redécouvrirent son travail, et ‘America is in the heart’ fut republié en 1973. Associé désormais au communisme et à une idée gauchiste de l’Amérique, son œuvre continue à interpeller.

Malheureusement, Bulosan est très peu connu en France et je n’ai trouvé trace d’aucune traduction française de ce titre.


Citation :

« It was like going to war with other soldiers; some survived death but could not survive life.” (« Ce fut comme aller à la guerre avec des soldats, certains survécurent à la mort mais ne purent survivre à la vie ». Traduction improvisée)

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