Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AsieJapon

Au prochain arrêt

Hiro Arikawa

(Hankyū Densha, 2008)
Traduction : Sophie Refle. Langue d’origine : Japonais
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Le long de la ligne Imazu du chemin de fer Hankyû, entre Takarazuka et Nishinomiya, des centaines de passagers se croissent tous les jours. Chaque chapitre se centrera sur un arrêt de la ligne et sur un des passagers, par la plupart des femmes. Les huit arrêts à l’aller se font au printemps et les huit arrêts au retour se font à l’automne.

Caléidoscope de la société citadine japonaise :

Roman choral qui suit un ensemble de personnages qui rentrent et sortent dans le train à chaque arrêt de la ligne, avec son lot des émotions, ses petits problèmes et ses instants de joie. Au retour, en automne, on retrouvera une bonne partie des personnages et on assistera à l’évolution de leurs vies dans ce lapse de quelques mois. Des personnages qui sont protagonistes dans une histoire seront des personnages secondaires, parfois simples présences au décor dans la suivante. Celui qui observe et juge les autres dans un épisode, sera observé et jugé dans un autre chapitre. Cet ensemble un peu décousu, finit pour tisser un portrait caléidoscopique assez intéressant de la société japonaise moderne, mais qui manque cruellement de subtilité et de finesse, en plus d’un sujet clair. Hiro Arikawa n’est absolument pas Murakami.

Une bonne partie du roman réfléchit sur tous les codes du protocole des relations en société, et sur les normes de politesse que, on le sait, sont primordiales au Japon, et se trouvent au centre du comportement social des individus. Difficile d’imaginer certaines situations de ce livre, transposés dans le métro marseillais ou parisien. Beaucoup sembleraient coincées et naïves. Un petit scandale parce qu’une dame garde la place à une autre jetant son sac sur une place vide, ou quelques femmes qui parlent trop fort et dérangent les passagers. Voilà ces situations qui créent l’émoi dans le roman, et qui reflètent une société régie par des principes hautement codifiés. Dépaysement assuré, aux yeux de beaucoup de sociétés occidentales, certains des conflits qui se déclenchent dans ce livre risquent de sembler absolument dérisoires.

C’est un roman feel-good sans aucune prétention, ce qu’au Japon est venu s’appeler Light novel. Le style est vraiment trop simple, plat, et cela se lit facilement, mais s’oublie aussitôt. Son plus intéressant aspect est sans doute ce treillis humain tissé à coup de croisements des personnages, qui compose une radiographie assez pertinente de la société citadine au Japon moderne, avec ses mœurs et ses différences de classe. Mais autour de tout ce décryptage du comportement social, le roman bascule trop souvent vers la leçon morale, désignant des comportements inacceptables qu’il faut absolument changer. Malgré la sensibilité qui accompagne les rapports entre les personnages du roman, la narration prend un ton assez poussif quand il s’agit des fautes de politesse et des attentes au code social. Bon, mais sans plus.


Citation :

« (…) on n’a jamais rien à gagner à fréquenter des gens qui ne partagent pas vos valeurs. On risque même d’en oublier les siennes. »

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