Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AsieCorée du Sud

Au soleil couchant

Hwang Sok-yong

(해질 무렵, Haejil Muryeop, 2015)
Traduction : Choi Mikyung, Jean-Noël Juttet. Langue d’origine : Coréen
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

La vie de l’architecte Park Minwoo semble être un modèle de la parfaite réussite : Études à l’étranger, mariage idéal, une fille qui habite aux US, et un succès professionnel sans tâche que lui apporte la reconnaissance et le prestige. Pourtant l’homme est né dans un des quartiers le plus pauvres de la ville, et a vécu son enfance très près de la misère.

Un soir, après une conférence, une jeune fille lui fait parvenir une note avec le numéro de téléphone d’une amie d’enfance avec qui il avait eu un début de relation. En contactant la dame, Park Minwoo se voit projeté dans les souvenirs de son passé, avant qu’il réussisse à tourner le dos de cette vie misérable pour entamer son ascension fulgurante.

Regrets et amertume au crépuscule d’une vie :

‘Au soleil couchant’ est un court et très beau roman sur la nostalgie du passé et l’amertume des regrets. Sur un ton mélancolique, Park Minwoo plonge dans les souvenirs de son passé, ce qui va petit à petit déballer toute son histoire, et déclencher beaucoup de ses questionnements. Le sujet de la corruption et la spéculation immobilière lors du boom économique de la Corée est aussi une des clés de ce roman. L’histoire de Park Minwoo nous dévoile la face cachée d’une telle réussite (celle de l’architecte mais aussi celle de la Corée), en soulignant la corruption galopante du milieu.

Au crépuscule de sa vie, la réminiscence de son passé permet à notre protagoniste de mettre sa réussite en perspective et regretter sa participation au procès de déshumanisation de la ville. Effectivement, les nouveaux gratte-ciels, symbole de la croissance coréenne, sont bâtis sur des quartiers pauvres comme celui dont il est originaire. Les habitants de ces vieux quartiers, obligés de déménager ailleurs, ont vu leurs vies basculées à jamais par la course effrénée du progrès, avec comme unique résultat un ensemble de bâtiments gris sans âme (« constructions architecturales qui ne sont que la figure hideuse de la Cupidité Coréenne »).

Le récit se complète par chapitres alternés avec la vie de la jeune fille qui lui a fourni la note, qui essaie tan bien que mal de se dédier au théâtre mais peine à joindre les deux buts. Sans spoiler, le sens de cette double narration en séquences parallèles restera dans le flou pendant une bonne partie du roman, retrouvant son sens à la fin, avec un dénouement assez touchant et réussi.

Malgré quelques longueurs, le roman progresse solidement et finit par devenir plus attachant que ce qu’on s’attendait au début. C’est amer et nostalgique, mais aussi doux et émouvant.


Citation :

“On dit qu’on vit enlisé dans la résignation. La seule chose dont on a besoin c’est d’aimer quelqu’un. Tout le monde, peu importe s’il est riche ou pauvre, fait semblant que rien ne se passe, mais au fond d’eux-mêmes, ils en sont dévastés. C’est toujours comme ça pour les gens comme nous. Rien ne s’améliore ni rien ne change. » (Traduction improvisée)

0 Comments

Submit a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *