(Nasta-nirh, 1901)
Traduction : France Bhattacharya. Langue d’origine : Bengali
⭐⭐⭐
Ce que raconte cette novella :
Bhupati, issue de la bonne société bengalie, vit dévoué en corps et âme au travail dans le journal qu’il dirige. Voyant sa femme Chârulatâ désœuvrée, Bhupati invite son cousin Amal à la maison, pour qu’il puisse la distraire. Amal écrit des poèmes qui fait lire à la jeune femme, lui réveillant une passion pour la littérature. Au fur et à mesure des échanges, Amal et Chârulatâ s’approchent dangereusement à l’insu de Bhupati.
Mme Bovary Bengalie :
Dans cette maisonnée bourgeoise, Chârulatâ s’ennuie. L’argent ne manque pas et le service s’occupe de toutes les taches ménagères, elle n’a rien à faire pour occuper ses journées, pouvant consacrer tout son temps à ses états d’âme. Lors que Amal apparaît dans leurs vies, la jeune femme délaissée par son mari revit. À travers des échanges littéraires Chârulatâ découvre un monde plus intellectuel et satisfaisant, et notre Bovary Bengalie réalise qu’elle n’est pas heureuse dans son mariage avec Bhupati.
Quelques autres personnages complètent l’ensemble, mais le roman se centre presque exclusivement sur notre trio protagoniste. Il y a des chances que les personnages d’Amal et de Chârulatâ elle-même ne suscitent pas trop d’empathie chez le lecteur moyen, par leur côté quelque part pourri-gâté, tous les deux très éloignés de la réalité quotidienne. Amal peut apparaitre même comme quelqu’un de désagréable, car soit il ne comprend ce qui se passe entre eux, soit il s’en fout de Chârulatâ ; je n’ai pas réussi à saisir complètement ce personnage, qui semble superficiel et vain mais aussi opaque. Bhupati, sans doute le personnage le plus intéressant du trio, restera dans un rôle plus secondaire, trop concentré sur son travail, jusqu’à la triste réalisation qu’il vit avec une femme qui ne l’aime pas.
Belle et simple écriture, accompagnée par une bonne perspicacité et introspection psychologique, même si c’est dommage que le roman ne soit pas assez long ni assez développé comme pour aller au-delà d’une histoire de mœurs un peu banal. Pas trop de décryptage social ni des différences de classe, pas assez de réflexion sur le rapport entre le travail et la vie privée, et finalement l’adultère en soi est peu abordé. Seulement la romance littéraire platonique entre Amal et Chârulatâ, est touchante et bien menée, notamment lorsqu’elle cache ses poèmes au mari, l’écriture étant une métaphore de l’infidélité. De façon simple on pourrait presque dire que ‘Chârulatâ’ est une mise en garde pour des maris qui consacrent trop de temps à son travail et délaissent leurs épouses.
Très bon roman, mais si un tantinet scolaire et désuet.
Citation :
« Là, ni son époux ni personne au monde n’exerçait la moindre autorité. Cet endroit si petit était le plus secret, le plus profond et le plus aimé. Elle abandonnait à sa porte le personnage qu’elle jouait dans son foyer et y pénétrait dans la nudité la plus vraie de son être. Puis, quand elle en sortait, elle remettait un masque pour se présenter sur la scène de la comédie et des rites du monde. »








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