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Littérature Asie Japon Haruki Murakami Chroniques de l’oiseau à ressort

Chroniques de l’oiseau à ressort

Haruki Murakami

(ねじまき鳥クロニクル, Nejimaki-dori kuronikuru, 1994)
Traduction :   Corinne Atlan avec Karine Chesneau.   Langue d’origine : Japonais
⭐⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Juste après de se trouver sans emploi, les journées de Toru Okada commencent à se remplir d’évènements hors du commun. D’abord il commence à recevoir des appels téléphoniques érotiques, puis son chat disparait, et en essayant de le chercher dans une ruelle voisine, il entend le chant d’un étrange oiseau, un oiseau à ressort, qui semblerait remonter les rouages du monde. Un puits abandonné dans une maison voisine semble attirer son attention.

Virée dans le rêve :

Tous les romans de Murakami distillent ce sens d’égarement onirique et de douce dérivation de la narration, qui polarise les lecteurs et les divise en fans ou détracteurs. ‘Chroniques de l’oiseau à ressort’ n’est pas une exception. Comme d’habitude chez Murakami, c’est impossible raconter ce livre : À chaque fois qu’un arc narratif semble se concrétiser, le récit part dans une nouvelle direction ou incorpore un nouveau personnage loufoque et mystérieux, et tout dérive vers le rêve et l’extraordinaire. C’est impossible à prédire, il n’y a pas une suite organisée d’évènements, on peut sauter à n’importe quel moment vers une nouvelle ligne narrative, ou suivre une digression le long de plusieurs chapitres.

L’ensemble a une vocation surréaliste, un peu Lynchienne, que certains appelleront réalisme magique. Ce roman propose un ensemble de personnages et des thèmes qui trouvent son reflet dans d’autres parties du récit, cet effet miroir relie solidement les parties réelles avec les oniriques. Par exemple, l’obsession de notre protagoniste pour vivre une expérience mystique au fond d’un puis trouve un écho avec le récit du Lieutenant Mamiya pendant la guerre, en Mongolie. La province Chinoise de Mandchoukouo, dominée par les japonais pendant la guerre, puis par les mongoles et les russes jouera un rôle majeur dans l’histoire. Pas mal des digressions narratives qui se déroulent dans cette région enclavée, vont trouver sa projection dans le présent.

De façon progressive, le monde réel bascule vers un univers onirique dans lequel les normes ne sont pas les mêmes. Sautant en permanence entre l’univers quotidien connu et cette autre espace hors du temps, Muramaki tisse un ensemble très envoutant à l’atmosphère irréelle, qui fera les délices des lecteurs qui aiment s’égarer dans des errances littéraires sans connaitre la destination.

Même dans un ensemble apparemment décousu, les bribes de cette narration mi-réel mi-onirique vont commencer à s’imbriquer et à prendre petit à petit du sens, notamment dans les derniers chapitres. Après presque mille pages, j’ai trouvé que la dernière partie, sans spoiler, faisait un bon effort pour clôturer la plupart des lignes narratives, bien que parlant de Murakami, vous devriez bien sûr vous attendre à un livre sans réponses claires aux mystères, plus centré sur la suggestion et la subtilité.


Citations :

« Ce que nous voyons n’est qu’une toute petite partie de la réalité du monde. Par habitude, nous pensons que c’est ça le monde, mais ce n’est pas du tout ça en vérité. Le vrai monde se trouve dans un endroit plus sombre, plus profond, dont la plus grande partie est occupée par des êtres tels que les méduses. Nous l’oublions, tout simplement. »

 

« Il se perche sur une branche d’arbre et remonte régulièrement la pendule du monde. Sans son intervention, le monde ne peut pas fonctionner. Tout le monde l’ignore. (…) En fait, l’oiseau à ressort se rend dans toutes sortes d’endroits, et là où il est, il remonte peu à peu les petits rouages qui font marcher le monde. C’est un oiseau tout simple, à l’image d’un jouet mécanique. Mais son mécanisme est spécifique de l’oiseau à ressort. »

 

« La vérité n’est pas forcément dans la réalité et la réalité n’est peut-être pas la seule vérité. »

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