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Littérature des 5 continents : AsieLiban

Confessions

Rabee Jaber

(الاعترافات Al-I’tirafat, 2008)
Traduction :   Simon Corthay.   Langue d’origine : Anglais
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Maroun rassemble ses souvenirs : Son enfance dans un quartier chrétien de Beirut. Son père, impliqué dans des milices phalangistes, son frère ainé Iliya, ainsi comme ses trois sœurs. Le portrait de son frère cadet décédé trône au salon. La guerre civile du Liban qui démarrera en 1975 durera presque 15 ans et marquera sa vie, spécialement lorsqu’il apprend qu’en réalité lui n’est pas celui qu’il croyait.

Le palais obscur de la mémoire :

Juste avant d’écrire ‘America’ le livre qui lui donna la réputation internationale, Jaber s’attacha à un sujet assez intimiste, la quête de l’identité. Maroun retrace son enfance au gré des odeurs et des repas, entre les bombes et les trêves, à l’école, dans le quartier ou en famille. Mais parmi ces souvenirs épars, Maroun sent qu’il y a quelque chose qui cloche, un mystère qui plane sur sa vie. Il se trouve hanté par des étranges regards qui sent portés sur lui, par sa famille. Ce regard mystérieux qu’il n’arrive pas à décoder, deviendra un leitmotiv qui se répètera plusieurs fois dans le livre, interpellant le jeune enfant. Hanté aussi par le portrait de son frère décédé, Maroun a la sensation de vivre une vie qui n’est pas la sienne.

Effectivement, Maroun n’est pas vraiment celui qu’on lui a dit qu’il était. Au début de la guerre, un fait violent atroce va impacter sa vie et la changer à jamais. On le saura vite, à la fin du premier chapitre, mais si vous ne voulez vraiment aucun spoiler c’est le moment d’arrêter de lire le reste de ce paragraphe. Au début de la guerre, sa première famille meurt dans leur voiture lors de l’attaque d’une milice. Maroun, 5 ans, s’extrait de la voiture, il est le seul survivant. Un des attaquants de la voiture va l’adopter, ce sera son nouveau père, le seul dont il s’en souvient. Maroun n’apprendra cela que beaucoup d’années plus tard, déclenchant une confusion de sentiments et une perte de repères totale, comprenant qu’il a toujours habité à l’extérieur de sa propre vie. Maroun adulte, bouleversé par le poids de cette révélation, tentera d’écrire les parties de sa vie dont il s’en souvient pour essayer de recoller les morceaux de son identité perdue.

Court roman qui m’avait été recommandé et qui m’attirait par son sujet et par sa toute première phrase d’accroche (« Mon père arrêtait les gens et les tuait »). Malgré l’évident intérêt de ce qu’il raconte et cette touchante quête de l’identité qui fait notre protagoniste Maroun, ce roman m’a un peu laissé sur ma faim. Bien écrit, beaux personnages, atmosphère fascinante, sujets intéressants, la seule chose qui coince est la structure, qui est trop chaotique. C’est probablement voulu, car c’est l’histoire d’un homme qui n’arrive pas à ressasser ses souvenirs, mais je sens que ce récit aurait bénéficié d’une organisation un peu plus poussée et claire.


Citation :

« Je suis rentré dans le palais obscur de ma mémoire et j’ai appelé. Il y avait quantité de pièces, mais je ne pouvais pas voir à l’intérieur car les portes étaient verrouillées. »

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