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Danser dans la mosquée

Homeira Qaderi

(Dancing in the mosque, 2020)
Traduction : Zaman Stanizai / Cécile Dutheil de la Rochère. Langue d’origine : Farsi
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman autobiographique :

Sous la forme d’une lettre adresse à son fils qui lui a été enlevé après son divorce, ces mémoires suivent la vie d’Homeira Qaderi depuis son enfance dans les années 80 à Hérat jusqu’à son départ en exile. Afghanistan vit dans le conflit permanent. Après la domination russe et leur départ en 1992, c’est la guerre civile, qui débouchera en 1996 dans l’arrivée des Talibans au pouvoir. Pour la jeune Homeira, assoiffée de connaissance, c’est le coup de massue. Tous les droits de la femme sont bafoués du jour au lendemain. Les écoles des filles ferment, Homeira est contrainte de porter le burka, les femmes doivent rester à la maison et n’ont pas le droit de travailler; la télévision, les livres et la musique sont interdits.

Mais la jeune femme ne compte pas rester les bras croisés et commence à combattre les talibans à sa façon. Sous la tente d’une mosquée improvisée dans un champ de réfugiés, Homeira essayera de donner une instruction à toutes ces filles laissées par compte par le régime de la terreur.

Plaidoyer pour les droits des femmes en Afghanistan :

Même si le récit se centre principalement sur le combat pour l’accès à l’éducation des femmes, comme à étape crucial de leur émancipation, il s’attaque aussi à tous les droits des femmes en général en Afghanistan, et par extension dans le monde. ‘Danser dans la mosquée’ est un témoignage poignant et révoltant, un cri de rage contre les injustices subies par les femmes afghanes, soumises à un violent patriarcat qui voit leur instruction comme un danger et un péché contre Dieu.

Le roman est spécialement critique contre les Talibans, mais elle ne ménage pas non plus la situation postérieure à l’invasion américaine de 2001, lorsque l’Afghanistan restera sous la tutelle des États-Unis. Certaines parties de son récit se situent à Téhéran, en Iran, et la situation de la condition féminine sera en permanence comparée entre les deux pays, soulignant davantage l’horreur d’être femme en Afghanistan (Citation : « Vaut mieux être une pierre qu’une fille dans ce pays »). Avec le retour des Talibans au pouvoir en 2021, Homeira dut s’exiler à nouveau. Tristement, le panorama s’assombrit à nouveau pour la condition féminine dans ce pays dévasté.

Malgré l’évident manichéisme que toute histoire impliquant les Talibans impliquerait, Qadari offre en permanence des perspectives réfléchies sur ce conflit qu’à priori ne permettrait aucune nuance. Le récit est suffisamment intelligent pour permettre au lecteur un accès à multiples points de vue sur la société et le conflit. Par exemple, l’histoire de Khoshhal, un jeune homme Taliban, qui malgré son rôle, sera montré sous un angle plus humain et sensible. Ou le dilemme permanent entre combat ou silence qui règnera dans l’intimité de la famille.

Comme est habituel dans ce genre de récits autobiographiques, les personnages sont souvent peu dessinés, et leur caractère reste vague, l’histoire s’intéressant toujours plus à ce qui leur arrive, que à leurs traits de caractère et leurs faiblesses. Ce plus important ce qu’on raconte que comment on le raconte, mais quand on parle de Talibans ce serait difficile de faire autrement. Dans ce sens le travail de Khaled Hosseini, auteur de ‘Mille soleils splendides’, est peut-être plus riche et accompli littérairement. Mais, n’empêche, ‘Danser dans la mosquée’ est un roman émouvant, bien construit, très facile à lire, et criant de vérité.

L’édition française de ce livre a été traduite par Cécile Dutheil de la Rochère à partir de la version anglaise traduite du Farsi par Zaman Stanizai.

En plus de son travail d’écrivaine, Homeira Qaderi continue à travailler infatigablement pour les droits des femmes, et dénonce inlassablement la terrible situation qui traverse la femme Afghane de nos jours.


Citations :

« Je n’ai aucun souvenir de la paix dans mon pays. Mon enfance est née sous les attaques aériennes et les pluies de bombes tandis que je tâchais de compter le nombre de balles invisibles. »

 

« Le monde de mon enfance était limité par une étroite fenêtre située au pied du mur de la maison et par une mère qui cherchait à m’en éloigner. Elle savait que les balles transpercent le verre. »

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