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Littérature Asie Iran Négar Djavadi Désorientale

Désorientale

Négar Djavadi

(2016)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Kimiâ Sadr est dans une salle d’attente de l’hôpital Cochin à Paris, en attente d’une procédure de fécondation in vitro. À l’approche de sa future maternité, Kimiâ ressassera les souvenirs de son enfance en Iran au sein d’une famille cultivée d’intellectuels de gauche. Ses souvenirs vont s’épancher sur quatre générations, soulignant notamment la passion politique de son père Darius, opposant au régime du Shah, puis opposant encore plus virulent à la révolution islamique de 1979. On retracera la vie de Kimiâ et sa famille depuis son enfance bourgeoise, jusqu’à sa fuite d’Iran et sa nouvelle vie, déracinée en Europe.

Portrait d’un déracinement :

Kimiâ Sadr est sans doute un alter ego de la propre écrivaine Négar Djavadi, qui, comme Kimiâ dans le roman, a fui l’Iran de Khomeini à 11 ans, avec sa mère et ses deux sœurs, suivant un périple à travers les montagnes du Kurdistan jusqu’à la Turquie, et a aussi finit en France après un passage par Bruxelles. Le ton est clairement autobiographique, mais pour le reste, le roman est profondément romancé et originale, avec des personnages remarquables, bien construits, et qui se lit aisément par sa construction presque cinématographique, avec pas mal de foreshadowing (petites avances sur des évènements à venir).

Depuis sa salle d’attente à l’hôpital Cochin à Paris, les souvenirs de Kimiâ qui remontent ouvrent la porte à tout ce passé qui parfois elle aurait voulu fuir, renfermer ou oublier. Ce constant parallélisme entre le passé qui résonne dans le présent donne une solide structure au roman, très rythme par ces analepses, et par ces personnages fascinants construits au fur et à mesure, notamment les deux grand-mères Nour et Emma, et ses deux parents, Darius et Sara, activistes politiques et citoyens engagés.

Mais l’accent est mis sur Kimiâ, ce personnage central à multiples facettes, garçon manqué, né fille quand tout avait pressenti l’arrivée d’un garçon, et qui peine à trouver son univers autant dans son enfance en Iran, comme lors de son épopée européenne. Darius, ce père mystérieux qui n’arrive jamais à s’exprimer autre politiquement, accommodait la nature différente de Kimiâ, privilégiant le partage des activités soi-disant « masculines », et tissait des tendres liens avec elle, malgré le caractère secret du géniteur. Malheureusement, la révolution islamique de 1979 chamboulera tout ce complexe équilibre familial.

À travers cette fresque familiale, on révise toute l’histoire récente de l’Iran : Djavadi est très critique avec le régime du Shah, notamment par sa corruption spectaculaire. On sent l’espoir versé par une partie de l’intellectualité iranienne, dans un avenir après le Shah. Espoir qui va être complétement terrassé une fois la révolution Islamique mettra les Ayatollahs au pouvoir, voilera les femmes, sèmera la terreur et fera revenir ce pays plusieurs décennies en arrière.

Sans tomber dans le pathos ni le sentimentalisme facile, le livre est remplie d’émotions subtiles. Au contraire, malgré les évènements dramatiques qui se succèdent, tout est fait pour garder un regard froid sur ce fabuleux parcours générationnel. Grand chant d’amour pour les liens de famille, aussi décousus et chaotiques soient-ils, le roman nous interpellera sur les relations dans nos propres clans. Dans la dernière partie du roman, avec Kimiâ en Europe qui essaie de chercher comment être en phase avec elle-même, Djavadi insistera sur les thèmes principaux du livre : Le déracinement, l’appartenance (ou plutôt la non appartenance ?), et finalement cette sensation de perte de l’identité, cette désorientation à laquelle nous renvoie le titre ‘Désorientale’.

Merveilleux premier roman. Écrivaine à suivre. Négar Djavadi, invitée à « La Grande Librairie », pour parler de ‘Désorientale’ dans cet extrait.


Citation :

« Rien ne ressemble plus à l’exil que la naissance. »

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