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Littérature des 5 continents : AsieSyrieTadjikistan

Huit monologues de femmes

Barzou Abdourazzoqov

(Ispoved, 2002)
Traduction :   Stéphane A. Dudoignon.   Langue d’origine : Russe
⭐⭐⭐

Ce que raconte cette pièce de théâtre :

L’une après l’autre huit femmes tadjikes prennent la scène pour nous raconter leurs vies dans huit monologues touchants de vérité. Ces femmes dévoilent autant ses rêves et ses ambitions que ses failles et ses déceptions. Dans un des monologues, une femme est haut-fonctionnaire de l’administration de l’état et son mari est resté homme au foyer pour s’occuper de leurs enfants. Surmenée jusqu’à l’extrême, la femme est tellement éreintée quand elle arrive à la maison qu’elle ne peut pas entretenir une relation sereine ni avec son mari ni avec ses enfants. Du coup, par pure générosité, elle se met à souhaiter que son mari trouve une maitresse qui puisse lui redonner un nouvel élan de jeunesse, ce qui ne manque pas d’arriver.

Confessions des femmes tadjikes :

Le titre original russe ‘Confessions’ est plus clair sur le contenu de ce roman et ses intentions intimistes, mais le titre français c’est la seule piste de l’édition française qui nous évoque l’origine théâtrale de ce texte. Car il s’agit bien de la scène. Barzou Abdourazzoqov est un metteur en scène et dramaturge tadjik très reconnu dans son pays et dont les pièces sont jouées régulièrement.

Avec une image très réaliste et actuelle de la femme tadjike, ce texte peut briser pas mal des idées préconçues qu’on peut avoir sur ce pays très méconnu à majorité musulmane. Du coup ne vous attendez pas à beaucoup de dépaysement, ces monologues pourraient se dérouler dans n’importe quel pays du monde, la modernité et portée internationale de ce texte est remarquable.

Huit femmes, huit portraits, huit instantanées du quotidien de femmes délaissés ou trompées par leurs maris, des prostituées, des femmes en tout bord face aux dilemmes vitales complexes. De la femme cadre qui n’a pas de temps pour sa famille, à la mendiante qui décide de prostituer ses enfants pour gagner sa vie, elles sont représentées dans ce tableau d’ensemble qui nous dépeint sa place dans la société moderne tadjike.

À mon sens, ces brefs instantanés méritaient un peu plus de développement narratif (Les monologues durent à peine 5 ou 6 pages) pour apprendre à connaitre ces femmes et faire un bout de chemin avec elles. Mais malgré tout, les récits sont très touchants. Le rapport de ces femmes à leurs failles et défauts est toujours assez désinvolte et fataliste, dans une sorte d’acceptation de leur destin comme une conséquence logique des travers de leurs vies. Certaines baissent les bras, tandis que d’autres se battent pour refaire surface. C’est la vie.


Citation :

« (…) le secret c’est en toi qu’il est. Dans la conscience que tu as de ce que tu es, même si ce n’est pas grand-chose, mais ça, eh bien, c’est unique. Dans le fait de comprendre que la vie, elle n’a qu’une marche avant, qu’on ne peut pas revenir en arrière pour corriger ce qui s’est passé, qu’on ne peut dire un jour : ‘Excusez-moi, je n’avais pas compris, est-ce qu’on ne pourrait pas tout recommencer ?’ Le secret, il est là : quoi qu’il t’arrive, même si le destin s’est joué de toi, et quoi qu’il en pensent les gens – crois en toi, et tout ira bien ! »

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