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Littérature des 5 continents : AsieKoweït

Ici même

Taleb Alrefai

(Fi l’hunâ, 2014)
Traduction : Mathilde Chèvre. Langue d’origine : Arabe
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Kawthar est une femme d’une trentaine d’années qui hésite à se marier avec l’homme dont elle est profondément amoureuse. D’un côté il est sunnite tandis qu’elle est chiite. Puis il est déjà marié et avec trois enfants, et Kawthar refuse d’être relégué au rôle de la deuxième femme. Elle veut être aimée en exclusive ou rien. Toutes les certitudes de Kawthar s’ébranlent lorsque son amour lui propose en mariage.

Marre de devoir s’expliquer, combattant tous les préjugés, Kawthar, qui travaille dans une banque et gagne un bon salaire, veut quitter la maison de sa famille où elle vit avec sa mère et ses sœurs, pour vivre indépendamment et prendre ses propres décisions. Sauf que cela irait à l’encontre de toutes les traditions et provoquerait une fêlure dans la famille. Selon les mœurs et traditions koweïtiens, la femme doit seulement quitter la maison de famille pour se marier.

Entre l’amour et la dignité, une histoire féministe koweïti :

Taleb Alrefai est un auteur et journaliste koweïtien qui a été très peu traduit, mais qui suscite pas mal d’intérêt international par son attachement au sujet de la condition féminine. ‘Ici même’ est un des titres disponibles en traduction française, et il se centre en effet sur les dilemmes contemporains d’une femme koweïtienne. Loin de clichés pétroliers de ce pays méconnu, Alrefai nous offre un portrait moderne, complexe et nuancé d’une femme qui a soif d’indépendance et qui veut se décrire par elle-même sans pour autant refuser à l’amour.

La plupart du livre est narré à la première personne par Kawthar. Pendant les heures qui précèdent son mariage, c’est l’heure des hésitations. Acceptera ce second rôle dans l’attente que son homme divorce un jour ? Le pire est qu’elle est convaincue que peut-être il n’y aura pas d’issue heureuse quel qu’il soit son choix. Pour développer ce dilemme entre amour et dignité, sa narration plongera dans l’histoire passé de ce couple, dès leur connaissance jusqu’à la proposition de mariage.

En parallèle, d’autres chapitres plus courts font rentrer en scène Taleb Alrefai lui-même ; L’écrivain prend le rôle d’un ami du père de Kawthar, une espèce de mentor ou parrain de la jeune femme, notamment depuis la disparition du père. À mon sens cette métafiction ne rajoute pas grand-chose au récit et plutôt le rend un peu plus lourd. Ce ne sont pas très longs mais on se demande vraiment si le livre n’aurait marché mieux qu’avec le récit de Kawthar.

Belle réflexion sur la condition féminine, avec un bon aperçu de la culture et la société du Koweït moderne. L’écrivain lui-même décrivait ainsi ses intentions par rapport au personnage central :

« Je désire que le personnage de Kawthar soit perçu comme une femme libre. Il faut que l’Occident sache que certaines femmes s’engagent dans des combats sans fin, et parfois mortels. Kawthar est un personnage créé afin que ma société parvienne à offrir cette liberté à ses enfants, garçons et filles ! »


Citation :

« Elle était là, à se battre pour obtenir son droit de se marier légitimement, pour vivre à sa vie tranquillement, selon ses convictions. Que le prix à payer est cher pour une fille ! me suis-je dit, combien il peut être ravageur pour elle d’enjamber les obstacles et les limites impitoyables érigées par une société qui s’acharne à les défendre et qui broie tous ceux qui qui osent les défier ou les transgresser ! »

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