(Hành trình ngày tho’ áu, 1985)
Traduction: Dan Tran Phuong. Langue d’origine : Vietnamien
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Nord du Vietnam, années 50. Bê, 12 ans, est une brillante étudiante dont le futur se dessine très prometteur. Elle habite dans le village de Rêu, seule avec sa mère, car son père militaire est toujours en déplacement dans une garnison qui surveille les montagnes frontalières avec la Chine. Elle coule des journées d’insouciance avec sa copine Loan, sauf qu’un jour elle est témoin du harcèlement d’une élève par son professeur de sport. Bê se propose de réagir mais ses actions vont se heurter à un mur de protection autour de ce professeur, ami de la directrice, et c’est Bê qui va finalement payer les frais. Alors que son monde s’écroule sous l’injustice, elle et Loan décident de prendre leurs futurs en main.
Parcours initiatique à travers le Vietnam rural :
Ce bildungsroman ou roman d’initiation, suit la trajectoire de Bê lorsqu’elle va essayer de reprendre les règnes de sa vie suite à l’injustice. Son apprentissage ne sera pas sans souffrance, mais dans ce récit très humaniste, la multitude de rencontres qui vont faire les deux copines dans sa progression à travers le Vietnam, vont impacter notre héroïne et finalement la faire grandir pour affronter la vie avec plus d’aplomb.
Après une longue phase de présentation de l’ambiance, les personnages et les enjeux dans le petit village de Rêu, les deux amies vont partir à l’aventure. Dans le périple qui mène Bê et sa copine Loan à travers tout le nord du Vietnam, elles vont croiser des multiples villages, chacun avec ses traditions et son idiosyncrasie, ses gens et ses mœurs, ses couleurs et ses saveurs. La nourriture joue un rôle très important dans la narration, documentant au fur des rencontres, l’époustouflante diversité culinaire du pays et son importance au sein de la société rurale, en tant que créatrice de liens.
Lors de son chemin aventureux vers le Nord, métaphore de l’avancé vers le monde des adultes, Bê va s’improviser serveuse, cuisinière, infirmière et même chasseresse de tigres. C’est un ensemble très divers mais absolument maitrisé, qui se relie par l’haleine humaniste et évocatrice du roman. Bê est une jeune fille curieuse, déterminée et avec un indomptable courage et sens éthique, qui se révolte sans hésiter contre les injustices. C’est sans doute le reflet du tempérament de la propre autrice, elle-même poursuivie par les autorités vietnamiennes pour la dénonciation permanente des manques démocratiques du régime.
Les romans de Duong Thu Huong dépeignent la corruption, les abus, la stupidité et l’arrogance du système, sans aucune retenue, ce qui froissa les autorités. Auparavant membre du parti communiste (et combattant dans la guerre du Vietnam du côté Nord), Duong se distancia de plus en plus des postulats communistes et ne cessa de critiquer ce régime autant dans ses livres (très populaires à l’époque au Vietnam), comme dans ses déclarations publiques. Elle fut emprisonnée pendant 8 mois en 1991, ses livres retirés de la vente et interdits (et ils le sont toujours au moment d’écrire ce billet). Depuis, ses romans s’éditent à l’étranger. Dong Thu Huong finit pour s’exiler en France en 2006, où elle continue à mener son combat pour les libertés depuis la dissidence politique.
À mon sens son grand chef d’œuvre est ‘Terre des oublis’ (2002), mais ‘Itinéraire d’enfance’ pourrait être une très bonne porte d’entrée pour avoir un aperçu de l’œuvre et la sensibilité de l’autrice, au même temps qui offre une fenêtre privilégiée vers un mode de vie presque disparu aujourd’hui, celui du Vietnam rural des années 50.
Citation :
« Aucun malheur ne prévient, aucune chance ne s’annonce. »








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