(Kürk Mantolu Madonna, 1943)
Traduction : Jean Descat. Langue d’origine : Turc
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Mehmet Raif est envoyé par son père en Allemagne pour qu’il apprenne le métier de savonnier. Sauf que le jeune homme se propose de vivre sa vie dans l’univers déjanté des cabarets et des cercles artistiques du Berlin des années 20 du XXe siècle. Lors d’une exposition, le jeune homme tombe éperdument amoureux d’une femme aperçue dans un tableau : la Madone au manteau de fourrure.
Amoureux de la femme dans le tableau :
Publié en Turquie en 1943, ce magnifique roman est d’une insolite modernité et traite autant de l’amour impossible que des difficultés de communication entre les êtres humains. L’œuvre de l’écrivain autrichien Stefan Zweig est sans doute l’une des sources d’inspiration du roman. Comme chez le maître autrichien, la narration s’articule autour de deux récits enchâssés l’un dans l’autre, retraçant une double fascination : celle de notre premier narrateur pour Mehmet Raif, son ami professeur, et celle de ce professeur pour la Madone au manteau de fourrure, une femme mystérieuse qu’il avait connue à Berlin dans les années 20.
On commence le roman avec Mehmet Raif à l’âge mûr, de retour en Turquie, bien des années après ses années allemandes et son histoire d’amour. Et on sait qu’il a fini, visiblement, malheureux. Puis le récit nous envoie dans le passé et en Allemagne, avec les jeunes années de Mehmet Raif, tout en mélangeant cet ensemble narratif avec beaucoup de sensibilité et de finesse. L’apparition de l’insaisissable Madone au manteau de fourrure est tardive dans le roman, mais marquera le reste du récit d’une empreinte indélébile de mystère et de suggestion. La narration dérive doucement vers une histoire d’amour impossible qui touchera facilement le lecteur par sa finesse et sa capacité à dépeindre l’enchantement.
Magnifique et très bellement construit, ce roman crée, en à peine 200 pages, une ambiance mélancolique aux accents morbides, et réfléchit sur les rapports entre les humains, tout en décryptant les rendez-vous manqués de l’amour.
Émouvant en toute simplicité.
Citation :
« Je savais que je ne voulais pas être aussi franc. Je savais que je ne pourrais supporter aucune vérité qui m’éloignait d’elle. »








0 Comments