Littérature des 5 continents : AsieBangladesh

La tante qui ne voulait pas mourir

Shirshendu Mukhopadhyay

(Goynar Baksho, 1993)
Traduction : Édith Ochs, Arunava Sinha. Langue d’origine : Bengali
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Malgré sa caste inférieure et l’opposition de la famille du fiancé, Somlata épouse par amour un homme riche, et rejoint la maison de la famille, où trône avec main de fer la grand-tante Pishima, une vielle dame étrange et autoritaire. L’économie de la famille vacille et la maisonnée commence à perdre de l’argent. Somlata devra convaincre son mari de monter un négoce pour pouvoir se maintenir à flot. Dans cette famille à la tradition bourgeoise travailler est très mal vu, mais Somlata insiste car elle voir bien qu’ils n’ont pas le choix. La grand-tante Pishima disparait, mais son fantôme revient pour demander à Somlata de garder le coffret de ses bijoux.

En parallèle, la jeune et indépendante Boshon ne veut pas se conformer aux mariages arrangés qu’on a préparé pour elle, et préfère s’intéresser au garçon qui habite dans la maison voisine, qui hélas, n’a pas des moyens économiques.

Comédie de mœurs avec trois générations de femmes au Bangladesh :

‘La tante qui ne voulait pas mourir’ se déroule en une double narration à la première personne : Somlata et Boshon présentent deux visages différents de la femme bengali, qui représentent l’évolution des mœurs vis-à-vis leurs droits et leur émancipation. À ces deux femmes s’ajoute grand-tante Pishima, qui a vécu dans une époque antérieure, encore plus difficile. Le passé dramatique de Pishima, victime d’un mariage arrangé quand elle était encore un enfant, se dévoile au fur et à mesure que le récit avance. Somlata s’adapte à sa nouvelle vie dans la maison et aux apparitions aussi inquiétantes que loufoques du fantôme de Pishima, Boshan parcourt son chemin vers l’émancipation et, sans spoiler, le récit finit par trouver un lien entre les deux histoires et les trois femmes.

Le roman est franchement drôle et profond au même temps. Tandis qu’un humour assez intelligent baigne le récit, la narration propose un décryptage très lucide et intéressant de la situation de la femme au Bangladesh lors des trois dernières générations, ainsi qu’un commentaire sur les contrastes entre castes et les inégalités sociales dérivées. Les deux histoires traitent, avec beaucoup de sensibilité et un humour plein d’ironie, le sujet de l’amour et du mariage entre personnes de caste et fortune différente.

Personnellement j’ai trouvé les deux récits un peu déséquilibrés, à mon sens l’histoire principale de Somlata, est traitée avec plus de finesse et créativité que l’histoire secondaire de Boshon. Sans doute le fabuleux personnage du fantôme de la grand-tante Pishima y est pour quelque chose. Véritable âme du roman, son caractère volage, sans filtre, et haut-en-couleurs, ses extravagantes requêtes, ainsi comme l’approche décalé et changeant de sa relation avec Somlata, feront les délices du lecteur.

Drôle et original, c’est un roman globalement très beau même si irrégulier par moments, notamment la partie plus moderne. Écrivain à suivre, tout en espérant que d’autres œuvres de lui soient traduites.


Citation :

« Un garçon si charmant. Il est à croquer. On le mangerait. Tout cru. Il n’y a rien au monde comme le péché. La chasteté c’est une telle bêtise. Débarrase-toi de cette idée. Croque la pomme, décide-toi ! »

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