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Littérature Asie Japon Yōko Ogawa L’Annulaire

L’Annulaire

Yōko Ogawa

(Kusuriyubi no hyohonKusuriyubi no hyohon, 1994)
Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle. Langue d’origine : Japonais
⭐⭐⭐

Ce que raconte cette novella :

Après un accident de travail dans lequel elle perdit un morceau de la chair de son annulaire, une jeune fille cherche un autre emploi. Elle trouve facilement un poste de secrétaire assistante dans un grand laboratoire, géré par Monsieur Deshimaru, un homme mystérieux moitié scientifique moitié taxidermiste, qui semble être le seul à travailler dans les lieux. L’endroit est destiné à la fabrication des spécimens de souvenirs. Dans cet énorme bâtiment on magazine tout genre des choses, éléments que des personnes souhaitent conserver, en guise de souvenir, ou pour donner clôture à certains traumatismes. Un jour Deshimaru offre des nouvelles chaussures à sa jeune employée. Elle accepte malgré un étrange sentiment de danger qui se cerne sur elle.

Histoire d’une emprise implacable :

C’est une envoutante novella (ou court roman selon) située dans un univers malsain et étrange, dans lequel Ogawa fait naviguer le lecteur avec aisance et maîtrise. C’est les mécanismes de l’emprise qui sont analysés ici, même si par moments de façon assez symbolique et peu concrète. Dans une atmosphère morbide et singulière, la progressive fascination de la jeune femme par M. Deshimaru est narrée avec une précision clinique, implacable. La jeune femme perd petit à petit tous ses moyens et sombre dans la séduction d’une façon presque inévitable.

La soumission visiblement trop facile de notre jeune héroïne risque de froisser quelques lecteurs, plus friands d’histoires de femmes fortes. Mais la littérature japonaise nous a habitué à cette façon étrange de traiter l’emprise masculine de la femme, l’accompagnant plus avec la fascination et le mystère qu’avec la révolte. L’histoire garde un certain réalisme malgré la froideur de l’ensemble et l’ambiance presque onirique de l’endroit. L’écriture d’Ogawa reste toujours sobre, élégante, d’un grand pouvoir de suggestion.

Cela se lit avec une facilité déconcertante. J’ai dévoré ce court roman de la première page à la dernière sans la moindre pause. Le déroulement de l’histoire est très simple et épuré, il s’agit presque d’un huis-clos. Un fois l’autrice nos explique clairement en quoi consistent ces ‘spécimens’ qu’on entasse dans les pièces de ce singulier laboratoire, la narration évolue avec une précision remarquable, soulignant la progression de cette danse d’un personnage autour de l’autre, traçant une spirale implacable. Une toile d’araignée qui se tisse presque sans qu’on s’en aperçoive.


Citation :

« En regardant à nouveau M. Deshimaru, je me suis aperçue que l’expression dégagée par son visage et le reste de son corps n’était pas aussi forte que celle de son regard. Tout était bien proportionné, irréprochable. La couleur de sa peau, ses cheveux, la forme de ses oreilles, la longueur de ses membres, la ligne de ses épaules, sa voix, tout était équilibré. Néanmoins, je ne sais pourquoi je sentais l’imminence d’un danger qui me rendait réticente. »

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