(Titre original manquant, 1961)
Traduction : Iouri Kazakov, Lily Denis. Langue d’origine : Kazakh
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
1914. Elamàn habite dans une communauté de pécheurs dans les bords de la Mer d’Aral, dans des territoires encore sous l’empire russe mais que la révolution va basculer. Séduits par les idées bolcheviques beaucoup de pécheurs songent à rejoindre les rangs révolutionnaires dans la guerre civil que se prépare et qui va les affronter à l’armée blanche, encore fidèle au Tsar. Lors d’une tragique catastrophe lors d’une soirée de pêche Elamàn commet l’irréparable et il sera déporté en Sibérie. Pendant son absence sa jeune épouse va s’approcher d’un jeune Kazakh, proche de l’armée blanche.
De la Mer d’Aral à la Révolution russe :
‘Le Crépuscule’ (1961), roman du maître des lettres kazakhes, est le premier volet du triptyque ‘Par la sueur et par le sang’, qui continue avec ‘La saison des épreuves’ (1964) et finit dans ‘Les cendres de l’été’ (1967). La série retrace la vie de la communauté Kazakhe dans les bords de la mer d’Aral dès l’éveil des premières insurrections aux alentours de 1914 jusqu’à la bataille de la mer d’Aral en 1918 qui marquera la fin de la guerre civile russe.
Les trois volumes sont hors de catalogue et très difficiles de trouver d’occasion. J’avais réussi à trouver d’abord le troisième volet, ‘Les cendres de l’été’, mais en réalité la série devrait se lire dans l’ordre, car il m’avait fallu combler pas mal de trous dans la narration pour comprendre l’évolution du conflit et des personnages. Après, de façon fortuite, j’ai réussi à trouver le premier volet, ‘Le Crépuscule’, chez un bouquiniste Lillois. Dans ce premier volume on décrypte donc la vie d’Elamàn en tant que pêcheur de la mer d’Aral, son mariage malheureux avec l’indomptable Abkala, dont il semble rester toujours amoureux quoi qu’il arrive, et on prend connaissance de beaucoup de personnages qui vont revenir dans la suite de la série.
Sous fond du conflit naissant entre tsaristes et bolcheviques, le livre décrypte aussi les différences sociales, la misère et le froid hivernal qui marquent la vie dans les steppes. Elamàn est un personnage charismatique et doté d’un sens moral solide, ce qui lui permet de s’ériger en une sorte de lider et de mobiliser l’opinion publique des pécheurs Kazakhs. Autour d’Elamàn, Nourpeissov présente un large éventail de personnages complexes, pleins de failles, baignés d’ambiguïté morale. Malheureusement, j’ai trouvé que le développement psychologique de tout cet ensemble était faible, et on restait beaucoup trop en surface. La solitude est peut-être le seul sentiment que Nourpeissov arrive à véhiculer avec maitrise (voir citation).
À mon avis ce premier opus, ‘Le Crépuscule’, est beaucoup moins intéressant que le dernier, ‘Les cendres de l’été’. Tandis que ce premier volet traine énormément et devient confus par l’excès de personnages et de thèmes, le troisième volume se concentre plus dans la guerre et la folie des hommes, et globalement est beaucoup plus solide est prenant. Impossible pour l’instant, de se procurer la traduction française du deuxième volume ‘La saison des épreuves’.
Lecture mitigée. Il est possible que la traduction contribue à une certaine confusion. Comme pour les trois volumes de la série, le texte original a été traduit du Kazakh au russe par Iouri Kazakov, et puis du russe au français par Lily Denis. Malgré que cela représente sauter l’ordre prévu, je recommanderais sans doute de sauter directement au troisième volet, ‘Les cendres de l’été’.
Citation :
« Il se sentait solitaire. À croire qu’il ne s’apercevait pas de la présence de ses compagnons, seuls l’escortaient son travail coutumier, au-dessus de sa tête le ciel, et puis ses pensées. Et il se disait qu’il était aussi solitaire dans la vie que sur la mer. »








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