(Lion no oyatsu, 2019)
Traduction : Deborah Pierret-Watanabe. Langue d’origine : Japonais
⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Shizuku Umino, jeune femme de trente-trois ans, apprend de son médecin que son cancer se répand et qu’il n’y a plus rien à faire. Avec seulement quelques semaines à vivre elle décide de joindre la Maison du Lion, sur l’île aux citrons, un établissement médical spécialisée dans les soins palliatifs et la fin de vie. Grace à l’ambiance reposante et à la sérénité qui dégage l’endroit, Shizuku réalise qu’elle peut changer son état d’esprit même si l’échéance finale s’approche.
Rechercher de la beauté dans le départ :
Le plus intéressant aspect de ce livre est sans doute qu’il approche la mort sans tabous ni subterfuges. Le sujet est traité directement et sans pathos ni gravité mais avec délicatesse et un positivisme marqué, comme pour nous dire qu’on devrait prendre ce dernier départ comme quelque chose de beau et inévitable. Jusqu’ici très bien, sauf que malgré ces bonnes intentions le livre tombe dans pas mal de lieux communs et quelques bonnes niaiseries, appuyées par des phrases aussi banales que « Mais désormais je savais. Je savais que la vie d’une banane avait autant de valeur que ma propre vie ».
La protagoniste me semble inexistante en tant que caractère, je ne sais pas comment elle est cette fille, et c’est d’autant plus dommage car le récit est narré par elle à la première personne. Aussi, je n’ai pas compris pourquoi dans une société aussi pudique que le Japon, elle se permet à plusieurs reprises de donner des leçons morales à d’autres patients qui ne profitent du lieu et des soins avec le même état d’esprit qu’elle. Quelque part j’ai eu l’impression que le livre fait un éloge du positivisme aux dépens du droit à être triste.
Mise à part Madonna, l’extravagante maitresse des lieux, et seul personnage un peu composé et intéressant, je n’ai pas réussi à saisir grand-chose des personnages, qui par la plupart se décryptent uniquement en rapport au lieu dans lequel ils évoluent, véritable protagoniste du roman, et à mon sens son plus grand atout. En effet la Maison du Lion, isolée dans une île perdue hors de la civilisation, est l’endroit idéal pour la promenade spirituel, la pensée philosophique et la réflexion éthique, et cela devrait permettre à ses pensionnaires de faire bilan, changer leur état d’esprit et décharger leur négativité.
En tant que lecteur j’aurais dit que la Maison du Lion était clairement destinée à une classe très privilégiée. La résidence est impeccable, lumineuse, pleine d’espace, dotée d’un personnel respectueux, efficace et toujours disponible, avec des activités gratuites à foison et vue dégagée face à la beauté de la mer. Saut que, à ma surprise, la Maison du Lion est présentée comme une option accessible au japonais moyen. J’ai eu du mal à y croire ou j’ai loupé quelque chose. Pas grave, en tout cas le roman ne s’attarde pas sur les différences de classes ni rien de similaire, seulement veut qu’on réfléchisse à l’échéance finale. C’est sûr qu’avec un tel cadre, c’est peut-être moins difficile.
C’est bien écrit, et j’en suis persuadé que ce livre peut émouvoir énormément de lecteurs par la délicatesse avec laquelle les sujets de la mort et de la solitude son abordés, mais personnellement je suis resté froid face à cette jeune femme qui s’émerveille par tout ce que lui arrive. Les plaisirs culinaires, les massages thérapeutiques, les gouters poétiques, la musicologie, le chant, et la zénitude des rapports avec les autres auraient eu sans doute raison de ma sérénité et j’aurai surement quitté ce lieu au bout de trois jours, débordé par tellement de bienséance et sérénité. À mon sens, le livre manque cruellement de deuxième dégrée.
Citations :
« Nous savourons le délice suprême de la vie jusqu’à la dernière goutte. »
« Ce n’est pas si mal de finir sa vie ainsi. Du moins, c’est ce que je pense en la voyant. Je suis toujours athée, mais je me dis que la vie n’est jamais comme on l’espérait, et que seul Dieu sait ce qu’elle nous réserve. »








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